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Alya Smiai à culturetunisie.com : je veux évoluer pour devenir la meilleure version artistique de moi-même

  • Writer: Mohamed Ali Elhaou
    Mohamed Ali Elhaou
  • 1 day ago
  • 6 min read

Updated: 3 minutes ago

Alya Smiai est une comédienne intellectuelle. Elle n'aime pas que l'on juge uniquement par son physique, même si elle a du charme. C'est un visage avec lequel le grand public commence à se familiariser, notamment grâce au feuilleton Ragouj 2 en 2025.


Pour elle, l'art dramatique, c'est avant tout le terrain, c'est le suivi des manifestations culturelles, mais aussi l'action culturelle dans les petits espaces ainsi que dans les quartiers populaires.


Résidant actuellement dans le quartier Bab Lakouas. Elle s'inspire de jour en jour du quotidien des gens pour pouvoir préparer sa prochaine pièce.


Pour elle, la période que nous vivons est un grand théâtre ouvert tellement il y a des histoires et des faits à documenter et à raconter sur l'histoire des individus à la capitale Tunis, entre autres, où se mélangent misère, commerce, embouteillage, klaxons, incivisme, rencontres joyeuses et par moments, cette fois très rarement, calme.


Culturetunisie.com a été à la rencontre de Alya Simai pour scruter l'espoir d'une jeune comédienne qui croit en des jours meilleurs pour elle et pour son domaine : l'art dramatique dans notre pays.


Quoi de neuf ? 


Je suis actuellement en train de préparer mon tout premier spectacle en tant que metteuse en scène. C'est une création théâtrale écrite et imaginée esthétiquement par moi-même. Le titre provisoire de l’œuvre est les "Inconnus".


Il s'agit, en l'occurrence, d'une œuvre scénique explorant un voyage tout autant sensoriel que spirituel, mêlant la mémoire des personnages à leurs expériences, leurs questionnements existentiels et philosophiques.


Alya Smiai dans son village natal dans le gouvernorat de Kasserine. Photo sans auteur.
Alya Smiai dans son village natal dans le gouvernorat de Kasserine. Photo sans auteur.

La pièce s’articule autour de l’amour de soi, de l’amour de la vie et du désir de persister malgré les péripéties. De cette rencontre naissent d’autres tensions, notamment des conflits profonds entre trois personnages, chacun portant une vision différente de l’existence.


Ce spectacle vivant est prévu pour être présenté au début du mois de juin 2026. C’est une étape très importante dans mon parcours artistique que je suis en train de préparer avec une grande passion.


Qui est Alya Smiai ? 


Comédienne professionnelle et professeure d’éducation théâtrale, Alya Smiai est titulaire de la carte d’artiste professionnelle depuis 2024, délivrée par la Direction du Théâtre. Diplômée de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Tunis (Isad), j'ai obtenu en 2023 une licence nationale en théâtre et arts de la scène.


Je suis née le 1er mai 2001 au gouvernorat de Kasserine. Je me considère comme faisant partie d'une nouvelle génération d’artistes tunisiens engagés, inspirée par l’art du clown et des figures comme Charlie Chaplin, où le rire devient un langage pour révéler la profondeur humaine face aux contradictions sociales.


Mon approche esthétique s’inscrit également dans un théâtre de l’image, influencé par des créateurs comme Robert Wilson et Tadeusz Kantor, où la scène se construit comme une composition visuelle, poétique et sensorielle, donnant au corps, à la lumière et au silence une place centrale.


C'est, par ailleurs, une démarche que le public retrouvera dans la pièce de théâtre que je suis actuellement en train de préparer.


Comment le théâtre est-il entré dans votre vie ?


Le théâtre est arrivé très tôt dans ma vie. À l’école primaire 34 Jedelienne, une ville rattachée au gouvernorat de Kasserine, j’ai vu l’affiche d’un spectacle intitulé Al Watan (2010). J’étais encore très jeune, et je ne me souviens pas précisément du metteur en scène ni des comédiens à cette époque.


Je suis allée ensuite à la maison de la culture pour voir cette représentation. En rentrant, j’ai dit à mon père que je voulais être avec ces artistes sur scène.


Il m’a expliqué que cette chose n'est pas faite pour moi. Or, depuis ce moment-là, je n'ai fait qu'insister pour intégrer le club de théâtre de la maison de la culture de Jedelienne.


J’avais 10 ans, c'était en 2012, avec l'effervescence de la "Révolution" et le désir de changer le monde. Depuis, le théâtre ne m’a plus quittée. J’ai grandi dans un environnement avec peu de loisirs, sauf les étés que nous passions avec mes parents à Bizerte, pour pouvoir profiter de la plage et de la mer.


Le reste de l’année, à Kasserine, le théâtre est devenu mon unique refuge. Je passais mon temps libre sur scène, en répétitions. Mon premier rôle était déjà un rôle principal, dans la pièce Al Achbah (les fantômes) 2022, mise en scène par Amine Mbarki, un passionné de théâtre. Cette pièce amateur a été très bien reçue par un large public dans les régions tunisiennes.


En grandissant, je me posais beaucoup de questions : d’où vient le théâtre ? Qui a été le premier acteur dans ce domaine ? Ces questions m’ont accompagnée jusqu’à mes études à l’Isad, où elles sont devenues un vrai sujet de préoccupation, de recherche et de réflexion permanentes. Aujourd’hui, je vois le théâtre comme une identité, une manière d’exister.


Je crois que le 4e art choisit aussi ses enfants. C’est un espace d’expression, une appartenance et une façon d’être au monde.


Comment tracez-vous votre chemin aujourd'hui dans le monde du théâtre ?


Pendant mes premières années à l’Isad, j’ai participé à des compétitions théâtrales universitaires où j’ai remporté plusieurs premiers prix, notamment le 'Prix du meilleur travail théâtral' pour la pièce 'Point d'interrogation' (2022) de Kanaweti Neji.


J’ai travaillé également comme assistante clown dans la pièce Haja Okhra (Autre chose), mise en scène par l'artiste Mohamed Kouas, un spectacle primé lors des "Saisons de la Création" en 2023, manifestation organisée par le Théâtre national tunisien.


J’ai été, par ailleurs, assistante à la mise en scène dans un spectacle pour enfants, La Forêt (2021), de Nizar Kchaou. J’ai joué dans Le Retour de l’école (2024), de Yahya Feidi.


J’ai été, de plus, assistante à la mise en scène dans la nouvelle version de la pièce Eznouss de Salah Hammouda (Les Diables de la boîte) (2008-2025 pour l'actuelle version), qui a remporté le prix 'Najiba Hamrouni pour la liberté d’expression' lors de la 26e édition des Journées théâtrales de Carthage (JTC).


J'ai interprété, d'ailleurs, le rôle principal dans Zahra, mis en scène par Ayoub Jouadi (2025) et j’avais un rôle marquant dans Ragouj 2, le célèbre feuilleton ramadanesque réalisé par Abdelhamid Bouchnak.


Je comprends que la mise en scène vous attire de plus en plus ?


J’ai fait un stage en mise en scène en 2025 avec la metteuse en scène russe Anna Trifonova, dans le cadre d’un programme intensif organisé par l’Institut russe des arts du théâtre (GITIS), d’une durée de dix jours.


Sur le plan de la mise en scène professionnelle, je collabore depuis 2025 avec le comédien et auteur Yassine Salhi sur son monodrame Ma Ydhahaknich (2024) (Pas marrant, NDLR), expérience toujours en cours, le spectacle étant actuellement en tournée et ayant un écho retentissant auprès du large public.


J’y assure un travail de regard artistique, en veillant à l’harmonie esthétique, technique et dramaturgique du spectacle.


Par ailleurs, j’ai animé des ateliers de formation en art du clown pour enfants et adultes au Centre Founoun à Jammel dans le gouvernorat de Monastir, ainsi qu’au Festival maghrébin du théâtre amateur en 2024.


J’ai, de surcroît, enseigné le théâtre ainsi que la mise en scène pendant un an dans l’espace 'La Rose' situé à Bab Laassal pour enfants, un espace dédié à l’accompagnement et la formation des enfants autistes et porteurs de troubles du développement. C'est un espace accueillant différentes tranches d’âge.


J’ai travaillé à l'espace 'La Rose' en mettant en place les techniques de théâtre ainsi que l'occupation de l'espace durant l’année 2024.


Cela a donné lieu à un spectacle présenté avec les enfants autistes dans le cadre de la fête de fin d'année scolaire.


À quoi aspirez-vous, dans un futur proche ?


À court terme, j’aspire à vivre une expérience au cinéma en tant qu’actrice. Je souhaite aussi réussir mon passage à la mise en scène après plusieurs expériences comme assistante.


Je continue à transmettre ma vision, à montrer comment je vois notre monde actuel. Je veux évoluer pour devenir la meilleure version artistique de moi-même et poursuivre ce chemin, porter mon nom au-delà des frontières et laisser une trace dans le théâtre.


Je crois profondément que le travail sérieux, l’amour du métier et la sincérité sont les clés pour réaliser ses rêves.


Concernant l’art en Tunisie, je pense que c’est ce qui nous permet de respirer malgré les difficultés. Imaginer notre pays sans musique, sans cinéma, sans théâtre ou bien arts plastiques, ce serait un territoire sans lumière.


Certes, il existe actuellement des structures, des lois et un ministère des Affaires culturelles, cependant il manque encore une vraie volonté idéelle et matérielle pour placer l’art au centre du développement, notamment pour encadrer les jeunes et leur donner l'espoir.


Pourtant, l’art peut transformer la société. J’ai eu la chance de voyager en Russie et j’ai été impressionnée par la place qu'occupe le théâtre dans ce pays. J'ai été marqué par le respect du public à l'artiste autant qu'à l'art ainsi que par l'importance attribuée à la culture.


Le théâtre est aussi essentiel que la nourriture : il ouvre, sans doute, des fenêtres sur le monde, sur la pensée, sur l’évolution et communique avec la profondeur de la dignité humaine.


Interview conduite par Mohamed Ali Elhaou

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