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'Electra Untitled' dans une adaptation tunisifiée : angélisme féminin et diabolisme masculin

  • Writer: Ousji Yasmine
    Ousji Yasmine
  • 2 days ago
  • 6 min read

Updated: 3 hours ago

Le théâtre d'El Hamra à Tunis a abrité samedi 9 mai 2026, vers 19 H 00 sur scène une production de la compagnie théâtrale dirigée par des femmes, Vertebra Theatre, à savoir la pièce 'Electra Untitled'. C'est une adaptation ludique, loufoque et même surréaliste par moments, de la tragédie grecque de Sophocle.


La représentation, de fait, est une sortie de résidence artistique qui s’est tenue à l'espace El Hamra à la capitale Tunis du 29 avril au 8 mai 2026.


'Electra Untitled' a réuni quatre comédiennes tunisiennes autour d’un processus de recherche, d’exploration et de création collective.


Souha Chaibi (Electra) et la grande comédienne de retour sur la scène d'El Hamra à Tunis, Basma Ferchichi (Clytemnestre), le 9 mai 2026 dans 'Electra Untitled' de la metteuse en scène grecque Mayra Stergiou. Crédit photo : culturetunisie.com Two women in black dresses in a dramatic scene on stage, one sitting and looking up emotionally, the other bent over near a red-draped chair.
Souha Chaibi (Electra) et la grande comédienne de retour sur la scène d'El Hamra à Tunis, Basma Ferchichi (Clytemnestre), le 9 mai 2026 dans 'Electra Untitled' de la metteuse en scène grecque Mayra Stergiou. Crédit photo : culturetunisie.com

Le moment le plus important de cette adaptation d''Electra', de Sophocle, c'est le retour de la grande femme de théâtre Basma Ferchichi après plus de 20 ans d'absence des planches du 4e art en tant que comédienne.


Basma Ferchichi a pris le rôle de Clytemnestre. Celle-ci avait assassiné son époux Agamemnon. Tandis que la comédienne Imène Ghazouani a incarné le personnage d'Older Electra, c'est-à-dire le personnage principal de la pièce, mais à un âge plus mature.


Quant à Mouna Chennoufi, elle a interprété avec profondeur le rôle d'Orestes, le fils du roi Agamemnon. C'est un homme incarné donc par une femme. Il est supposé venger la mort de son père. Mais au fil de l'évolution de la pièce 'Electra Untitled' se trouve coincé dans un engrenage familial.


La surprise de cette pièce était, sans conteste, la belle et charismatique Souha Chaibi qui a été dans le rôle d'Electra mais en plus jeune. C'est un personnage rebelle et qui veut rendre justice au père décédé.


Cette fable est longée de poésie au départ, au milieu et à la fin. Prose concoctée par Marianne Catzaras.


Fond

  

'Electra Untitled' est, en réalité, un work in progress supportant une certaine élasticité dans la dramaturgie, dans l'improvisation et dans la manière de jouer.


La représentation offre ainsi une performance expérimentale et surréaliste, en grande partie, décalée, notamment par l'usage de plusieurs façon de parler sur scène : l'anglais, le français, le grec, l'arabe littéraire et le dialectal tunisien.


'Electra Untitled' raconte, en outre, autrement cette tragédie grecque, en privilégiant le prisme non pas féminin, tout à fait légitime par ailleurs, mais plutôt féministe.


Ce dernier prisme, en réalité, la nouvelle idéologie des temps actuelles, place la femme dans un angélisme absolu et, par conséquent, diabolisant l'homme, le masculin ; lequel est absent sur scène. Autrement dit, ne peut pas se défendre.


Celui-ci est ainsi raconté, à certains moments, comme "prédateur sexuel", comme ça a été fait dans certains témoignages-improvisations vers la fin d''Electra Untitled'.


Le personnage d'Electra a été joué, par ailleurs, par deux personnages dans la nouvelle version présentée par la metteuse en scène Mayra Stergiou. En ce sens, elle est imaginée à la fois comme protagoniste et comme antagoniste. De plus, la dynamique de ce personnage évolue dans un environnement farfelu et imprévisible.


Les deux Electra et leur frère Orestes - joué par Mouna Chennoufi - cherchent à venger le meurtre de leur père Agamemnon, en assassinant leur mère Clytemnestre.


Jouant un rôle clé dans la mort de deux membres de la famille – Clytemnestre (Basma Ferchichi) est en effet défiée, à présent, par sa progéniture, dans le récit de Sophocle.


Toutefois, dans la nouvelle dramaturgie de cette pièce proposée par Mayra Stergiou, Clytemnestre maintient, contre vents et marées, son pouvoir, sa version des choses et de la vie de manière générale ainsi que son aura dans un monde masculin.


Elle récuse donc cet univers dominant avec la force de ses tripes.

Ainsi, Clytemnestre est présentée comme une anti-héroïne avec laquelle le public devrait sympathiser dans 'Electra Untitled'.


La représentation, dans le fond, est une renégociation de la place de la femme dans la société.


'Electra Untited' vient, de fait, montrer, non pas une femme qui serait toujours victime, mais, plus que jamais, en quête de pouvoir, voire de revanche sur une violence masculine mise en récit comme étant de longue durée.

Clytemnestre, c'est également une femme révoltée prête, désormais à ballotter cette tradition patriarcale, en la mettant à genoux et en excluant le masculin.


Ce dernier est peint dans une perspective féministe radicale, à la mode dans le monde dramatique, comme fortement inutile présentement.


Forme


Un morceau de tissu rouge suspendu, en arrière-fond de la scène, a créé une atmosphère initiale de malaise, de sang et de meurtre. Les mains de toutes les actrices baignent, à examiner de près, dans le péché et l'esprit de vengeance.


Ces femmes grincent des dents la plupart du temps, et appuient sur leur mâchoire dans un signal de revendication et de rage, en appelant à un changement radical dans le positionnement social établi et en lançant une guerre des places sans merci.

Aussi, plusieurs autres longues bandes de tissu rouge apparaissent dans 'Electra Untitled'. Elles étaient au cœur de la plupart des séquences de mouvement, utilisées pour restreindre ou catapulter les corps à travers la scène, pour relier deux têtes alors qu'elles tourbillonnaient avec hystérie, ou pour être fouillées par des mains errantes dans un état général de dérangement.

Les trois comédiennes qui incarnaient des rôles de femmes étaient le plus souvent habillées en robe noire ; la quatrième femme incarnant un personnage masculin était vêtue d’un costard, peut-être symbole de froideur ?


Les quatre comédiennes, sans exception, ont bel et bien montré des capacités à se mouvoir avec à la fois douceur, repos et force, rigidité et fluidité, leurs corps tantôt en colère, en conflit et tantôt en position décalée matérialisent un humour décalé et amer.


La musique et la poésie étaient, quant à elles, des moments de méditation pour le spectateur et l'occasion, sans doute, de contempler à la fois la beauté, la simplicité et la merveilleuse dynamique de la scénographie.


Cette tragédie grecque antique a fourni, au final, un cadre conceptuel pour explorer des thèmes plus larges, à la mode en Tunisie et ailleurs, à savoir l'attaque aveugle de l'être masculin targué de tous les maux sociaux actuels.


Parallèlement, s'opère dans le récit dramatique une angélisation de la femme, supposée et imaginée être comme toujours victime sociale, sans la moindre nuance.


Sur le retour de Basma Ferchichi à la scène - Par Yasmine Ousji

حضورٌ بحجمِ زمن…

بحجمِ تاريخ…

بحجمِ مأساةٍ تمتدّ من الأمس إلى اليوم، وتتشظّى نحو الغد...

أيُّ أثرٍ هذا الذي تركتهِ في المسرح وفي الجسد وفي الصوت وفي ذلك النقاء الأدائي النادر ؟

تجلّيتِ فوق الركح، فأقنعتِ، فطهّرتِ أرواحنا، ثم تركتِ الحيرة تستوطن هواجسنا : ما الذي يأتي بعد الأداء ؟

حين تؤسّس له بسمة فرشيشي...يثير فينا جمال حضورها رهبة ساحرة...جبروتًا ركحيًّا...

يُعيد تشكيل المعنى، ويبتكر طرقًا أخرى للوجود والتجربة...

ما الحضورُ حين تغيبين ؟

وما الغيابُ حين تحضرين ؟

لا يملك التاريخ إلا أن ينحني أمام اللحظات التي تُحدث الفرق، وتترسّخ في الذاكرة كأنها قدر...

أنتِ تاريخ المسرح حين يتجسّد، وأنتِ الحدث حين يصير حضورًا لا يُنسى...


Basma Ferchichi, la géante comédienne tunisienne absente du théâtre tunisien depuis 20 ans  et qui revient dans la pièce 'Electra Untitled' de Mayra Stergiou. A woman in a black dress sits on a chair draped with red fabric, under dramatic lighting, conveying a tense or serious mood.
بسمة الفرشيشي عملاقة المسرح التونسي الغائبة. مصدر الصورة : موقع فن تونس culturetunisie.com

Un charme fou…

Une présence hors du commun…

Une existence scénique magnétique, presque irréelle…

امرأةُ مسرحٍ لا تشبه أحدًا، ولا تُقاس بأحد...

Une actrice vivante…

Résistante…

Illuminante…

Crédible…

Authentique…

Totale…

Rythmique…

إيقاعها يسكن الجسد وصوتها يسكن الذاكرة وحضورها يقتحم الوجدان دون استئذان...

إنها المتفردّة بسمة فرشيشي...حاضنة الفن والأداء بإمتياز.

Une artiste qui ne joue pas le théâtre…mais qui le traverse, le consume et le réinvente...

Une présence dépassant la scène pour habiter la mémoire...

Quand Basma Ferchichi apparaît, le silence lui-même devient langage, et chaque geste porte la densité d’un monde intérieur...

Elle ne cherche pas à séduire le public ; elle le bouleverse, le déplace, le transforme...

Son corps pense, son regard parle, sa voix fracture le temps...

Chez elle, le rythme n’est pas une technique, mais plutôt une respiration profonde de l’être scénique...

L'exceptionnelle Basma Ferchichi, c’est cette rare intensité qui fait du théâtre une expérience presque sacrée...

Une actrice ne laissant pas des souvenirs, mais bien des traces indomptables...

Des traces persistant bien longtemps après la chute du rideau...

آهٍ من "البسمة" حين تجعلنا نتماهى بكل ما يحمله التماهي من ذوبانٍ روحيّ وجمالي…

آهٍ منها حين تنسحب إلى صوفية الصمت، وتترك خطابها معلّقًا بين الإيماءة والتوقيع…

آهٍ منها حين لا تفعل بجمهورها سوى أن تبثّ فيهم ذلك الأمل المولود من رحم الألم…

آهٍ من البسمة…

وآهٍ منها، كلّما مرّت فوق الركح، فصار المسرح أكثر حياة.



Remarque : cliquez sur les mots en bleu pour avoir plus d’éléments sur la construction de cet article.


1 Comment

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Khmaies Ben Younes
a day ago
Rated 5 out of 5 stars.

Ce qu'a écrit Yasmine Ousji sur le retour de Basma Ferchichi est très beau.


Basma Ferchichi est une actrice artiste qui joue sa vie dans le théâtre et lui a tout donné mentalement et physiquement durant plus de trente ans.

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