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Lors de la 11e édition du Festival Sicca Jazz au Kef, Anouar Brahem brille de nouveau entre jazz, musique et mathématiques - Article de Mohamed Jaoua

  • Writer: Mohamed Jaoua
    Mohamed Jaoua
  • 5 hours ago
  • 3 min read

Si l’amateur profane de musique que je suis est tellement fan d'Anouar Brahem, c’est que son travail a résonné, dans un univers qui n’était pas le mien, avec ma propre quête de sens.


Je l’avais découvert en 1989, lors de la série de concerts qu’il avait donnée – avec l’ensemble musical de la ville de Tunis qu’il dirigeait – pour le lancement, dans le cadre magnifique de "Dar Abdelkefi" rénovée, d’un restaurant devenu célèbre : Dar El Jeld.


Autant que par la perfection de l’interprétation et de l’exécution, j’avais été frappé par la rigueur de ses prestations artistiques qui n’épargnait aucun détail. La qualité était présente à tous les étages, depuis les partitions et la scénarisation jusqu'aux costumes des musiciens.


Le 30 avril 2026 à la 11ème édition du Festival Sicca Jazz au Kef, c’est donc à la rencontre d’un vieux compagnon de route – de cinq ans mon cadet – que je suis allé.


Anouar Brahem sur la scène de la 11e édition de SICCA JAZZ. Création : culturetunisie.com
Anouar Brahem sur la scène de la 11e édition de SICCA JAZZ. Création : culturetunisie.com

Un compagnon dont j’ai suivi dans l’ombre et avec bonheur l’évolution musicale, partant du classicisme "rachidien" exigeant des premières années jusqu’aux sommets du jazz où il trône aujourd’hui avec tellement d’aisance.


J’avais adoré "Passion de fleur" (1987) (تناديني و ناديك - النوارة العاشقة) et la re-visitation de la musique tunisienne que cet opus offrait.


Mon émerveillement ne s’est pas démenti ensuite, dans une succession de crescendos, notamment avec "Thimar" (1997) - son album le plus abouti à mon sens – dans lequel, avec ses complices John Surman et Dave Holland, il avait scellé l’heureux mariage du oud, des cuivres (clarinette et saxophone) et de la contrebasse, pour hisser ce nouvel objet à la personnalité hybride, tout en étant pure et affirmée, sur les toits du monde musical.

 

Au Kef, John Surman était justement présent sur la scène, vendredi dernier, ainsi que Björn Meyer à la guitare basse et Khaled Yassine – tout droit venu du Liban – aux percussions.


Est-ce la tension tragique du moment que traverse son pays qui a sublimé la prestation conférant à la magie qu’il a offerte au public ?


Toujours est-il que sa darbouka avait des ailes ce soir-là pour accompagner les variations de tempo de la partition. Sur la peau de son instrument, les doigts de Yassine semblaient glisser, caressant discrètement la surface avant de s’emballer pour marquer les changements de rythme ou pour les appeler.

 

Si j’ai aimé la musique d'Anouar Brahem dès sa première note, c’est qu’elle faisait écho à ma propre quête d’identité, moi l’ancien du lycée Carnot si nul en arabe. Mais non celle d’une identité poussiéreuse, figée dans le temps, plutôt celle d’une identité mobile et conquérante.


Une identité qui n’hésite pas à se frotter aux normes de l’empire qui prétend la gouverner pour lui dicter ce qu’elle devrait être et in fine la plier à son irrésistible supériorité.


Comme Kateb Yacine qui disait de la langue française qu’elle était "un butin de guerre", Anouar Brahem a contribué à faire du jazz, lui-même né du métissage entre les cultures africaines et les traditions musicales européennes, un langage universel en y ménageant une place – et quelle place ! – à la musique orientale.


Ce faisant, il ne s’est pas converti au jazz, il l’a plutôt converti en faisant de certains de ses titres des nouveaux marqueurs de l’identité tunisienne.


Musique faisant écho avec les mathématiques

 

Comme le langage mathématique, dont Galilée disait que l’univers était écrit, on sait que le langage de la musique est lui-même universel, dès lors qu’on s’en approprie les codes.


Anouar Brahem l’a fait avec maestria lors de cette soirée inoubliable dans un cadre empli d'histoire, permettant ainsi à son "jazz fusion" de porter une nuance de culture qui lui était a priori étrangère. Tout en sublimant celle-ci en l’imprégnant d’un parfum d’universalité.

 

Le concert du Kef a témoigné, en même temps, de cet aboutissement du compositeur et de son groupe à une sorte de perfection, de quelques-unes des étapes du long chemin qui les y a conduits.


Y ont naturellement été convoqués l’incontournable "Parfum de gitane" (1991) ainsi que quelques autres morceaux devenus des classiques de la musique tunisienne de la fin du siècle dernier.


Avec pour fil rouge la discipline au moindre détail, tant dans la composition que dans l’exécution et la scénographie. Parce qu’il n’y a dans cette musique rien qui dépasse, aucune emphase inutile, aucun effet superflu, parce que le retrait ne serait-ce que d’une note ruinerait la partition.


Et en cela, elle tient du raisonnement mathématique parfait dont tous les arguments sont nécessaires, et dont l’absence d’un seul effondrerait l’édifice.



Remarque : cliquez sur les mots en bleu pour avoir plus d’éléments sur la construction de cet article.

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