"El Mout" pièce de théâtre de Lazhar Farhani : point de vue rurale sur fond tragi-comique
- Mohamed Ali Elhaou

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Même si le printemps est entrée depuis un mois dans le "pays du jasmin", le temps à Tunis demeure pluvieux, comme si la saison de l'hiver veut arrêter le cycle de la nature.
Lors d'une soirée pluvieuse le 13 avril 2026 a été présentée donc pour la première fois à la capitale Tunis la pièce "El Mout" de Lazhar Farhani à la salle théâtre des régions à la Cité de la Culture Chedly Klibi à 19 H 45.
Présentation
En apparence, le titre de la pièce n’apparaît pas très attractif surtout en ces temps difficiles où le spectateur tunisien de manière générale cherche de plus en plus des moments de joie pour pouvoir supporter la monotonie et la crise dans lesquelles il est engrenée dans son quotidien.
'El Mout' est en tournée depuis le début de l'année 2026. Elle a été représentée vers la fin du mois de mars 2026 à la salle du cinéma Chaambi à Kasserine, devant un public affluant pour la voir.
Dans la pièce 'El Mout', la présence de la signature artistique de Nour Eddine Hammami, est, sans aucun doute, un gage de qualité théâtrale. Il est à la fois présent dans l'élaboration du texte de 'El Mout' ainsi qu'en tant un des personnages de cette fable.
Hammami se trouve à côté de la formidable découverte de cette œuvre, pour le public tunisois en tous cas, à savoir le comédien caméléon : Abdessalem Bouzidi.
La pièce est une production de Centre culturel Jugurtha, situé au gouvernorat du Kef.
'El Mout' dure une heure et quinze minutes et a régalé sans concession l'auditoire composé de spécialistes du monde du 4ème art.
Intrigue
C'est une pièce narrant la rencontre entre deux personnages Mounir et Ammar : un oncle et son neveu. Le jeune Mounir a été délaissé par sa propre famille après la mort de sa mère, la seule qui se préoccupait de son bien-être et son avenir.
Ammar est également habitué à la solitude, c'est un fossoyeur. Il passe, de fait, la majorité de son temps à enterrer les morts dans le cimetière d'un des villages du gouvernorat du Kef.
Voyant et vivant de plus en plus avec son neveu Mounir, qui devient en réalité un sans domicile fixe, il décide de lui passer ce savoir-faire puisque ce dernier vit désormais dans le cimetière à côté de la tombe de sa mère ; un gagne-pain qui lui permet de survivre.
Esthétique et fond
Sur le plan esthétique, ces destins tragiques sont présentés dans un univers esthétique rappelant, toutes proportions gardées, le film Farda w'lkat okht'ha (1978) d'Ali Mansour. Celui, lors de sa sortie dans les salles, a été véritablement un franc succès.
Dans ce film participait les deux grands comédiens Lamine Nahdi et Mohamed Ben Ali ainsi que l'acteur Mohamed Larbi Souri.
Les deux personnages de la pièce de théâtre 'El Mout' sont des morts sociaux. Ils sont jetés à la marge de la vie sociale.
Le style de jeu et d'écriture de Nour Eddine Hammami retrace très bien l'absurdité de leur dialogue dans une ambiance rappelant les caractéristiques de la Tunisie rurale.
Autrement dit, l'ancrage dans la région du nord-ouest du pays où se trouve culture du pâturage, élévation des bêtes de somme et grands mariages festifs où couscous ainsi que musique du mezoued sont roi.
Des éléments d'ambiance effectivement présents et bien relatés dans la pièce de Lazhar Farhani.
Dans le fond, la pièce de Lazhar Farhani résonne bel et bien avec ce qu'avait écrit le grand penseur d'origine grecque Cornelius Castoriadis dans son célèbre ouvrage La montée de l'insignifiance publié en 1996 aux éditions du Seuil, collection Points/Essais, à Paris : "Chez les Modernes (c'est à dire nous tous actuellement), le fantasme de l'immortalité persiste, même après le désenchantement du monde. Fantasme transféré sur le progrès indéfini, sur l'expansion de la prétendue maîtrise rationnelle, et surtout manifeste dans l'occultation de la mort qui est de plus en plus caractéristique de l'époque contemporaine" (p.208).
La pièce 'El Mout', montre au final cette occultation de la mort et nous fait rire de notre attitude face à cette fatalité et surtout nous montre en alertant que plusieurs de nos concitoyens sont déjà morts socialement et psychiquement, sans le savoir peut être.
Mohamed Ali Elhaou












































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