Zied Gharsa chante et enchante le public de la Cité de la Culture offrant un spectacle d'extase - Par Sofien Manai
- Sofien Manaï

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La salle de l'Opéra de la Cité de la Culture Chedli Klibi à Tunis a été le théâtre d'un concert prestigieux glorifiant la musique et le chant savant, foundou, qui constituent une partie de la personnalité tunisienne.
En effet, dans le cadre de la sixième édition du 'Ramadan à la Médina', hier 10 mars 2026, les férus de la musique andalouse et de l'ambiance festive typiquement tunisoise ont assisté à une soirée musicale et chantée exceptionnelle dont le maître est l'indémodable artiste Zied Gharsa.

Zied Gharsa a réussi à redonner à cette musique héritée des Andalous et du peuple mauresque un hinc et un éclat locaux.
Vêtu d'une jebba ainsi que l'ensemble des membres de son orchestre, 24 musiciens très familiarisés avec les airs de la musique traditionnelle, Zied Gharsa ainsi que son fils Raouf, doté comme son père d'un oud ancestral, ont réussi un spectacle de qualité digne de la présence de l'équipe de la Télévision nationale. Celle-ci a fait le déplacement pour mémoriser ce spectacle typique exprimant la beauté, la tradition et la modernité de l'identité magrébine.
Zied Gharsa a hérité cet art des mouachah de son père Taher Gharsa, ce dernier a été l'élève de Khmaïes Tarnen, le maître de la Rachidia. Désormais, Zied compte transmettre la flamme de la musique à ses fils et en particulier à Raouf.
Début
La première partie de soirée a plongé le public dans un univers traditionnaliste, avec des pièces instrumentales et des mouachah interprétés dans différents modes et rythmes traditionnels.
La soirée s’est ouverte, de fait, avec des sonorités envoûtantes avant que la voix de Gharsa ne s’élève dans les pièces antiques Qad Basharat Bi-Qodoumikom Rih Assaba et Ya-Badr Al-Tamam.
L'artiste a navigué avec aisance entre les différents rythmes et mesures traditionnels, évoquant l'atmosphère du chant andalou à travers des œuvres telles que Qadam Al-Masa et Bil-Hawa Qalbi Tallaq.
Zied Gharsa a montré ainsi l'amplitude de son talent et sa connaissance fine dans l'exécution des maqâms, tbâa, et de l'improvisation, notamment à travers des passages "d'istikhbar" au oud, dans des moments mélodieux révélant son expérience approfondie dans cet art ancien.

Zied a puisé, en l'occurrence, des racines de cet art de chant dans les ruelles de la Médina de Tunis ainsi que ses lieux savants. Depuis maintenant trois décennies, il modernise cet art bien particulier par ses voyages récurrents dans la géographie méditerranéenne en quête de nouvelles mélodies ou encore de quelques détails qu'il n'avait pas vu ou découvert.
Milieu
La seconde partie de spectacle a pris une tonalité plus festive, l’artiste interprétant certaines de ses compositions ainsi que des œuvres du répertoire tunisien, dont Alech Thayyar Fiyya, Chouchana et Lammit Lam Al-Mkhalil et bien d'autres joyaux.
Zied Gharsa a surtout insisté pour interpréter un morceau lui tenant à cœur et qui l'a réuni avec le poète et peintre Ali Louati, à savoir : Al-barakine.
En expliquant ce titre qui chante la séduction des femmes, Gharsa dit qu'il s'agit techniquement d'un Jisal : c'est un langage de chant combinant dialecte tunisien et langage soutenu du chant andalou.
Dans un geste de reconnaissance envers les grandes figures de la chanson tunisienne, l’artiste a également rendu hommage aux pionniers en interprétant Elli t’adda W’faat du maitre Hédi Jouini Ki-Jitina de Mohamed Jamoussi et à Hédi Habbouba en jouant sa pièce maîtresse Rawah Missoug ammar.

Considéré comme l’un des principaux représentants du patrimoine musical traditionnel, Zied Gharsa est souvent décrit comme une véritable mémoire vivante de cette musique, qu’il œuvre à préserver et à transmettre tout en lui apportant une touche artistique contemporaine.
Chute
Le concert, qui a duré plus de deux heures, a été marqué par une forte interaction du public, venu en nombre respectable assister à cette soirée savante dédiée à la musique tunisienne authentique. D'ailleurs, Zied Gharsa est très prolifique en termes de concerts et de rendez-vous avec son public. En d'autres termes, il est plus à son 10ème concert depuis le début de cette année.
La salle de l’Opéra, vers la chute du spectacle, s’est transformée en immense chœur : le public s’est laissé emporter par le rythme festif que Gharsa et son orchestre savent mettre en place très bien. Ainsi l'heure fut aux danses, youyous et applaudissements nourris, de véritables moments d'enchantement que les présents recherchent en ces moments difficiles.
Ziad Gharsa, maître en la matière, veille toujours à construire une soirée qui dialogue avec les différentes branches de la musique tunisienne : du malouf sous toutes ses formes à la chanson tarab qui a touché l'âme de générations successives.
Gharsa, dans son processus de construction musicale et mélodique, place le oud, le luth, comme personnage principal et sur le devant de la scène en tant qu'instrument central dans le malouf, avec une improvisation révélant une maîtrise profonde de cet univers mêlant le classicisme à un tarab se modernisant à l'image du morceau : Ya Nhar El Barah Ya Lille et Lyoum.
Vers la fin de la soirée, Zied Gharsa a apporté une nouvelle orchestration musicale aux morceaux foundous, poursuivant ainsi son approche de réinterpréter le patrimoine musical avec un regard renouvelé avec d'autres couleurs mélodiques notamment en donnant une autre vie au fameux titre Massab Megyess Yajeb qui prend désormais une atmosphère espagnole.
Sofien Manai et al.












































Magnifique article, je ne sais pas que Sofien Manaï est un excellent critique d'art