Wafa Taboubi dans "La Dernière" : dépassement du féminisme et du masculinisme
- Mohamed Ali Elhaou

- Mar 17
- 3 min read
Notre époque est marquée par la polarisation entre masculin et féminin. Ces deux pôles du genre humain sont de plus en plus mis en conflit, en compétition, dans un rapport de force et de domination qui semble éternel dans un monde industriel dont la principale caractéristique est la répétition du même.
C'est ce que montre la pièce "La Dernière" de Wafa Taboubi en mettant en avant trois configurations sociales, à savoir : le travail, la relation maternelle et le lien de couple.
Les personnages dans cette pièce qui dure une heure et trente minutes voire plus sont portés par Mariem Ben Hamida et Oussama Kochkar.

La spécificité du théâtre que présente Wafa Taboubi est qu'il donne une très grande marge de liberté au comédien pour qu'il puisse s'exprimer sur scène. D'ailleurs, dans le théâtre tunisien, y compris du théâtre de Taboubi, le public assiste rarement à des déclarations d'amour ou à des scènes d'affection ou de romantisme.
Les scènes entre femmes et hommes sont ainsi le plus souvent celles de la haine et optent plutôt vers les cris, les agressions et les insatisfactions mutuelles. En ce sens, il y a très peu d'imagination et de beauté.
Ainsi le public présent à la salle Le Rio à Tunis le 15 mars vers 22 h 00 a pu assister à un déchaînement de sentiments, d'émotions, de pulsions de haine et d'attraction entre deux protagonistes ayant montré une forte présence en mouvement, en performance et même en acrobatie.
Les deux comédiens possèdent en effet un corps athlétique et ont bien dressé un condensé de jeu au point d'aller parfois dans l'excès de l'expression et de discours.
"La Dernière" de Wafa Taboubi joue d'ailleurs depuis 2021 et elle est actuellement en fin de cycle de représentation. Ce duodrame incarne clairement le conflit éternel entre la femme et l'homme, résultant, entre autres, de l'isolement, de la peur, du doute et de l'ennui mutuels et partagés.
Par le biais de trois tableaux de théâtre, trois situations dramatiques, "La Dernière" jette donc des projections latérales sur cette relation à la fois antagonique et complémentaire dans toutes ses manifestations et complexités : désespoir et espoir, déconstruction et construction, connexion et séparation, ouverture sur l'autre et isolement, amour et meurtre.
Partant du harcèlement de l'homme envers la femme sur le lieu de travail, en passant par la relation autoritaire de la mère avec son fils et les différences entre les générations, jusqu'à la relation complexe entre les époux, "La Dernière" narre avec brio le jeu de la présence et de l'absence, de la reconnaissance et du déni, du personnel et du général, du possible de l'entrevivre et de l'impossible réconciliation.
Au final, Wafa Taboubi questionne le bout de cette mise en conflit permanente ainsi que la perspective à laquelle elle peut aboutir : c'est comme si elle appelait par cette pièce au dépassement de ce cercle vicieux qui s'est installé entre les genres à cause, en grande partie, des deux idéologies contemporaines le féminisme d'un côté et le masculinisme de l'autre.
Remarque : cliquez sur les mots en bleu pour avoir plus d’éléments sur la construction de cet article.












































C'est un article très profond et qui ouvre la possibilité à d'autres articles d'aller encore plus loin dans l'analyse.
La photo est magnifique, en effet, cher Mohamed Ali. Tu as saisi un moment quasi-sculptural. Ces deux acteurs, tels que tu les figures, sont empreints de cette énergie contenue, dont tu parles fort bien dans ton article.
L'article, lui-même, est bien aussi. L'une de ses qualités est qu'il pose clairement le problème : comment faire du nouveau sur cette histoire archétypale des relations hommes/femmes, où les rôles de domination et de soumission s'inversent au cours d'une vie.
Peut-être aurais-tu pu montrer ensuite plus nettement quelle est, en réponse à ce problème, la thèse défendue par le spectacle. Et avec quels arguments cette thèse est défendue. "Arguments" pas seulement verbaux, mais aussi scénographiques...
Mais, en tant que tel, l'article est déjà…
Excellent article Dali !