L'engagement des maîtres envers la jeunesse : le 'Festival les Solistes', nouveau phare de l'excellence tunisienne – Tribune de Seif Bennia
- Seif Bennia

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Le rideau est tombé dimanche 29 mars 2026 sur la 8ème édition du "Festival les Solistes". Entre prestige international et ancrage territorial, cette édition 2026 restera comme un moment de grâce, prouvant que la musique demeure ce langage universel capable de rapprocher les nations par-delà les frontières.
Le sommet des maîtres : Marcel Khalifé et Göksel Baktagir
L’exceptionnel s’est incarné cette année par la présence de deux figures iconiques qui ont donné au festival une dimension historique. Recevoir Marcel Khalifé et Göksel Baktagir, aux côtés de l'ensemble des artistes internationaux invités, a été bien plus qu'une programmation : leur présence a été un véritable don fait au festival et à la Tunisie.

Malgré le contexte douloureux au Moyen-Orient, Marcel Khalifé a tenu à souligner que sa venue était avant tout un acte de soutien indéfectible à cette jeunesse portant désormais l’avenir de notre musique.
À travers ce geste, j'y vois la preuve que l’art demeure notre plus beau havre de paix face au tumulte du monde.
Dans la même lignée, le virtuose du qanûn (kanun) Göksel Baktagir a offert une immersion totale aux festivaliers.
Sur un plan personnel, l'interprétation de ma composition, "From Dawn to Eternity", lors de la soirée de clôture, fut le sommet émotionnel de mon parcours.
Partager la scène avec ce maître, entouré de mes confrères Hichem Badrani, Zied Chagway et Hatem Hmila, porté par la puissance de l'orchestre, fut la concrétisation d'un rêve d'enfant né sur les bancs du Conservatoire public de musique et danse Hammam Lif dans les années 2000.
Ce dialogue entre le qanûn de Baktagir et notre ensemble, devant un public enthousiaste et chaleureux, restera, sans doute, gravé comme l'accomplissement d'un dialogue musical d'exception.
Diplomatie culturelle et excellence de la transmission
Ce rayonnement a été porté par des artistes du monde entier, faisant du festival un véritable vecteur de diplomatie culturelle.
Grâce au soutien opérationnel de plusieurs ambassades, à la précieuse contribution du Dr. Haykel Kchouk, président de l'Association d'Amitié Tuniso-Turque, et à la présence bienveillante des autorités à nos côtés, nous avons prouvé que la diversité est le meilleur remède à l’unification des goûts.
Ce soutien pluriel est le signe de la crédibilité de notre démarche : le public est prêt pour le "différent" et le "nouveau".
Le cœur battant du concert de clôture fut l’Orchestre philharmonique les Solistes'. Constitué principalement de jeunes talents directement encadrés sur scène par leurs professeurs, cet ensemble, sous la baguette d'Achref Bettibi, a fait preuve d’une maîtrise irréprochable.
Cette mixité entre maîtres et élèves au sein des pupitres incarne la véritable essence de la transmission. Cette ascension a, d'ailleurs, été épaulée par l'expertise de chefs de renommée mondiale comme le maestro Nader Abbassi et le maestro Mehdi Lougraïda, qui ont formé les jeunes chefs apprentis du festival.
La relève et la décentralisation : les nouveaux défis
La cerise sur le gâteau de ce succès fut la cérémonie de remise des prix aux lauréats des concours. Voir cette relève récompensée sous le regard de maîtres internationaux donne tout son sens à notre mission.
Cette volonté s'est aussi traduite par une stratégie de décentralisation audacieuse. En collaborant avec l’Institut supérieur de musique (ISM) de Tunis (remerciements à la directrice Rym Jmal et au Hichem Badrani), les conservatoires 'Arabesque' à Médenine et 'Les Solistes' à Mégrine, nous avons porté l'excellence hors des sentiers battus.

Clôturer au nouveau "Centre culturel et sportif de la Jeunesse de Ben Arous" a prouvé que nos régions disposent d'infrastructures prêtes à accueillir l'excellence, pourvu que l’organisation, l’entretien des locaux et la qualité des équipements suivent.
Perspectives : créer un maillage national
Cependant, l'ambition du festival ne s'arrête pas là. Pour les prochaines éditions, l'un des enjeux majeurs sera de multiplier les points de liaison dans les régions. Le besoin de soutien n'est pas seulement financier ou logistique ; il est structurel.
Il est impératif de faciliter le déplacement des candidats pour les Masterclass et les compétitions. En créant ces ponts géographiques, nous permettrons aux talents les plus éloignés de rejoindre ce mouvement sans que la distance ne soit un frein à leur excellence.
L’appel du Conseiller artistique
Je salue l'engagement indéfectible des membres actifs de l'Association Les Solistes ainsi que de tous les bénévoles. Malgré des moyens modestes, ils ont réussi un exploit humain.
Mais pour que cette flamme ne s'éteigne pas, les institutions et les mécènes doivent investir dans nos structures régionales tout en garantissant la mobilité de nos jeunes talents.
C'est le seul moyen de transformer des initiatives locales en un véritable maillage national de l'excellence, et c’est ainsi que nous bâtirons ensemble un avenir où le haut niveau artistique est accessible à tous.
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Magnifique tribune et courage à ce 'Festival les Solistes'