"Pas perdus" de Hela Ayed : morts donnant des leçons aux vivants
- Mohamed Ali Elhaou

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Hela Ayed est une disciple de Taoufik Jebali. Sa plus récente pièce, représentée à l'espace El Teatro à Tunis le 11 juin 2026, est bel et bien faite avec des amateurs qu'elle forme durant toute une année théâtrale, voire plus.
La forme
Sur le plan de sa forme, "Pas perdus" montre comment Hela Ayed fait usage de la technique de multiples rideaux chère à Jebali.
Ces rideaux ouvrent et ferment l'espace du 4e mur devant le comédien en prestation sur scène.
Des filets sont disposés également au fond de la scène. Ils enveloppent les comédiens après leur prise de parole sur scène, comme pour les mettre en quarantaine, dans l'oubli et l'inertie. En tous cas, à l'abri du regard de l'auditoire.
Le style Jebali est saillant, en outre, dans l'œuvre de Hela Ayed, notamment dans la façon de narrer et de faire évoluer sa dramaturgie.
En l'occurrence, la dramaturgie est saccadée, présentée sous forme de bribes d'histoires individuelles collées les unes aux autres. Ses multiples couches d'histoire convergent vers la quête d'une deuxième chance dans une vie qui semble ratée.
Le fond
"À la Mahmouta", un mot qui désigne en dialecte tunisien un lieu qui n'est pas clair, servant dans une conversation par exemple à piéger l'interlocuteur ou le vis-à-vis.
Dans la pièce "Pas perdus", ce lieu est régi par un chef. Ce dernier veut mettre de l'ordre avec des acteurs sociaux qui ont perdu la boussole. Ils ignorent leur origine et leur trajectoire.
Le chef s'appelle "El Malik". Il sait menacer et donne des ultimatums. En réalité, selon "Pas perdus", il n'a véritablement ni visibilité, ni solution aux conditions tragiques de leurs subordonnées.
Durant le spectacle, le public voit un centre prenant les traits d'une prison, un lieu de détention, mais en réalité il n'en est pas un. C'est un lieu situé entre la vie et la mort, un royaume intermédiaire mais lugubre et sans appel.
Les concernés sont en attente du jugement. Pour voir finalement s'ils pourraient accéder au monde céleste. Un monde où ils peuvent finalement exaucer leur souhait et assouvir leur désir.
Les protagonistes de la pièce sont, ainsi, des morts qui reviennent sur le mode de vie et le racontent. Ils regardent dans le rétroviseur de leur existence pour voir comment ils ont traversé l'épreuve de leur destinée.
En réalité, la plupart d'entre eux n'ont pas concrétisé ce qu'ils veulent. Ils n'ont pas pu atteindre le bonheur.
Ils n'ont même pas pu tracer un objectif et l'atteindre, que ce soit dans la recherche de partenaire amoureux ou encore dans leur relation à la société au sein de laquelle ils ont vécu.
Dans cette configuration, la pièce de Hela Ayed porte quand même un message : l'importance de donner un objectif à sa vie propre et de ne pas la laisser à "la Mahmouta", c'est-à-dire son dessein certain et sans trajectoire bénéfique.
Seul bémol de cette pièce, c'est son aspect farfelu. L'intrigue "Pas perdus" est très étalée, son filage n'est pas encore au point. Autrement dit, elle n'est pas encore cintrée.
Le fait, en outre, de trop montrer des histoires superposées entrave et fatigue le spectateur. Celui-ci se trouve bourré d'informations et de paroles sans pouvoir retenir une harmonie dramaturgique explicite, captivante et cohérente.
La musique est absente également de ce spectacle en dehors de quelques sons de théâtre qui émergent entre les différents actes de "Pas perdus".
Le cast
Dans "Pas perdus", qui dure presque une heure et trente minutes, jouent onze comédiens, tour à tour : Omar Japouni, Samar Abdelhak, Sahar Nasri, Jihen Jellazi, Chyrine Stambouli, Fares Kotrane, Mahmoud Dardouri, Salma Chraief, Khaled Ben Haj Ali, Emir Haj Salah et Badi Chouka. Pièce à voir certainement, car elle allie humour, jeu et discours de comédiens très justes et très posés.
Mohamed Ali Elhaou












































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