Amal Guermazi, Meherzia Touil et Mehdi Ayachi au Théâtre municipal de Tunis : rouge, blanc et enchantement
- Mohamed Ali Elhaou

- Apr 20, 2025
- 4 min read
Updated: Feb 10
Le projet musical d'Amal Guermazi ressemble, à bien des égards, dans ses grandes lignes à ce que fait André Rieu en Europe. Pour les moins ambitieux, il ressemble à celui de la violoniste Yasmine Azaiez ou encore à ce que fait le musicien marocain Bouchart, dont la présence a marqué la 58e édition du festival de Carthage.
La maestra Amal Guermazi, portant une robe rose, dans cette soirée du jeudi, comme lors de son spectacle au Maroc, est emportée corps et âme par l'harmonie du son sortant des instruments de la troupe qu'elle dirige.
Elle veille sur le moindre morceau et explique la performance à son public après chaque interprétation, que ce soit faite par elle ou par les deux interprètes : Meherzia Touil et Mehdi Ayachi.
Elle est originaire de Sfax, diplômée de l'Institut supérieur de musique et sillonne les villes européennes depuis maintenant 15 ans.
Sa représentation au Théâtre municipal de Tunis a été fluide, demandant par moments la participation du public et n'exigeant pas beaucoup de concentration pour comprendre l'essence des mélodies et leur cohérence.

De fait, les spectacles d'Amal Guermazi et de son compagnon Shadi Hakmi, rencontré en 2018, envisagent la réinterprétation et le réarrangement des grands morceaux ayant fait l'identité de la musique arabe, avec un style plus moderne et contemporain.
Ce style musical ambitieux tenait ainsi sa promesse jeudi 17 avril 2025. Un public hétéroclite et un peu bourgeois était donc au rendez-vous pour découvrir cette artiste qui se produit pour la première fois en Tunisie.
De près, la performance musicale d'Amal Guermazi est un hommage aux classiques tarabis de la musique et des chansons arabes. Son concert a été exceptionnel durant 1 heure 45 minutes avec un rythme dynamique, jeune et soutenu par les vibrations de son violon électrique.
Cette représentation a été faite, d'ailleurs, avec des musiciens tunisiens et des interprètes comme Meherzia Touil et Mehdi Ayachi. Ceux-ci ont été sollicités pour apporter leurs talents et leur maîtrise des airs orientaux par lesquels ils se sont fait connaître à l'échelle arabe, notamment lors de l'émission de télévision The Voice.

Le répertoire musical présenté lors de cette soirée de jeudi est, en réalité, un peu mainstream, mais cette fois avec une orchestration bien travaillée.
À titre d'exemple, il s'est agi des titres suivants : Haramt ahibek de Warda, Foug El-Nakhal de Sabeh Fakhri, Wassafouli Essabr de la diva Oum Khaltoum, Bahtha Hbibti du patrimoine tunisien, Mafich Haga Tigui de Nancy Ajram, Ya Sahari layali de Fayrouz, Lamouni elli ghaerou minni de Hédi Jouini, et bien d'autres morceaux.
Aussi, à côté de ce registre oriental, il y avait même l'interprétation de la chanson de Shakira, Whenever, Wherever.
Meherzia Touil, lors de ce concert, a ravi l'auditoire présent avec sa voix sublime, sa technicité dans le chant, sa sensibilité et sa tristesse naturelle. Ces ingrédients qu'elle sait très bien mettre en avant s'épanouissent notamment lorsqu'elle interprète les morceaux de Najet Assaguira ou encore de notre diva nationale, la défunte Oulaya.
La voix de Meherzia Touil recèle une empreinte maghrébine indélébile, même si, dans ce spectacle, elle a chanté des airs orientaux, principalement le répertoire d'Oum Kalthoum.
Quant à Mehdi Ayachi, il a rendu hommage au grand chanteur et compositeur syrien Milhem Baraket, notamment avec sa chanson Ya Habibi Hobak Hayarni.
Sa voix émerge d'un style de chant élégant, très cassé et en même temps très proche du registre soufi. À l'écouter, le spectateur se rappelle principalement Hathra de Fadhel Jaziri.

Par le biais de ces représentations, le groupe Mazzika Orchestra a pour ambition de rapprocher les chansons classiques des oreilles des auditeurs internationaux principalement.
Mazzika Orchestra, la troupe qu'elle dirige, s’est produite, en effet, dans des salles prestigieuses à travers l’Europe, parmi lesquelles le Casino de Paris, le Trianon, le Bataclan et le Cabaret Sauvage en France, ou encore l’Alhambra à Genève, la Flagey à Bruxelles et le Megarama à Casablanca.
Guermazi collabore également avec l’université de Harvard, l’opéra de Reims et l’Orchestre philharmonique de Paris, entre autres.
Tout petit extrait du spectacle. Crédit vidéo : culturetunisie.com
C'est une découverte à encourager. Seul bémol de cette représentation : pas entendu une production nouvelle, une nouvelle mélodie, une chanson naissant ici maintenant ayant du succès.
C'est en ce moment une crise au niveau de la création mélodique et des paroles tarabies, comme si cette génération était stérile artistiquement ?
Nous l'espérons pas, car Ghazi Ayadi, par exemple, est en train de faire redécouvrir ses morceaux qui n'ont pas eu un grand retentissement dans les années 90 et 2000 à son public jeune. Cela semble marcher.












































Cela donne envie vraiment de voir le spectacle, bonne continuation et bravo !