Adaptation de L'amante anglaise à l'Isad : retour sur 'Galayen', une proposition achevée faite par Hasna Ghannem
- Mohamed Ali Elhaou

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À l'Institut supérieur d'art dramatique de Tunis, Isad, le 17 juin 2026, les amateurs du théâtre avaient rendez-vous avec une adaptation de l'œuvre de Marguerite Duras, à savoir L'amante anglaise.
Présentée mercredi vers 19 h 30, cette adaptation de l'œuvre française inspirée de faits divers écrite en 1968, a pris le titre de "Galayen" غليان. Ce mot en arabe veut dire "ébullition".
Il signifie, dans son registre psychologique, un malaise intérieur que le personnage principal vit sans pouvoir l'exprimer de manière visible au sein de son couple.
Peu à peu, le couple éclate donc vers la fin, l'un de ses membres commet un acte des plus odieux, à savoir le meurtre.

D'ailleurs, à ce propos, il importe de mentionner que Duras a travaillé comme journaliste vers la deuxième moitié des années 1950, notamment au sein de l'hebdomadaire de gauche France Observateur (ancêtre du Nouvel Observateur). Au sein de celui-ci, elle a publié une série d'articles remarqués à partir de 1957.
Elle a également collaboré avec la revue 14 Juillet*. Ce qui explique la vigilance de Marguerite Duras quant au moindre acte sortant de l'ordinaire ; dans une période de Seconde Guerre mondiale finissant.
L'adaptation a été faite par Hasna Ghannem, une actrice que culturetunisie.com avait découverte dans la pièce de Jacaranda de Nizar Saidi et d'Abdelhalim Elmessaoudi (2025).
En restant fidèle à la même intrigue, Hasna Ghannem a tunisifié les noms des personnages. Ainsi, le personnage principal qui a commis le crime s'appelle désormais Afra Ben Soltane, tandis que son conjoint, le présent/absent, devient Adir Ben Youssef, et la gouvernante et cuisinière assassinée, victime de ce crime odieux et inhumain, prend le nom de Mariem Ben Soltane.
Sur le plan de la scénographie, la valeur ajoutée dans l'adaptation faite par Hasna Ghanem sont notamment les rails du train. L'imaginaire du train a été mis en scène à travers le son ainsi que la projection des phares sur le public.
Hasna Ghannem a rythmé sa représentation théâtrale autour d'un mélange entre dialogue, silence, récit, chorégraphie, bruit et un brin d'humour dans le texte.
La poésie a été également présente dans "Galayen" surtout lors des tableaux chorégraphiques, ainsi que la représentation d'un train traversant avec violence la scène.
En ce sens, "Galayen" interpelle l'imagination des présents.
C'est bel et bien dans notre esprit que les images émergent. L'espace, globalement dépouillé, est majoritairement bâti par la lumière. Les acteurs apparaissent dénudés psychiquement. Leurs parcours, au même titre que leur présence, oscillant entre lumière et obscurité.
Les rails du train découpent en effet la scène en deux et permettent de recourir à un récit théâtral cinématographique mettant en parallèle les témoignages de chaque membre du couple formé par Afra et Adir.
Le point fort de "Galayen" est, en outre, le son ainsi que la musique rythmique utilisée ; œuvre du magnifique Oussama Saïdi.
Le fond
Une heure durant, l'auditoire a été face à Afra et Adir, un couple, qui répondent en alternance aux examens de l’Interrogateur.
Afra, de prime abord, avait admis, sans ambages, avoir assassiné Mariem Ben Soltane, sa cousine qui était également leur gouvernante et cuisinière, puis avoir coupé son corps et l'avoir éparpillé en prenant le train et en jetant les morceaux à travers diverses fenêtres des locomotives de l'engin.
La tête du cadavre demeure, en revanche, une énigme dans ce récit théâtral.
Adir, qui partageait le même foyer, n'a rien remarqué. Le long de la pièce, le spectateur s'interroge sur la raison de ce crime. Il ne le découvre pas, au vrai. Cependant, il voit en face de lui des personnages minés par la solitude et les frustrations multiples et variées.
Le couple mis en dramaturgie dans "Galayen" ne se parle plus. Il est rongé par le silence, les non-dits, le manque de confiance et le jugement mutuel et rédhibitoire. Un couple vivant ensemble mais ne partageant plus rien, à voir de près.
Réellement, l'intégralité de l'œuvre est une tentative futile de la part des personnages, y compris la criminelle elle-même, ainsi que du spectateur, de comprendre le mystère de l'homicide et de ses motivations.
"Galayen", à l'image d'un polar, est tout au long de sa dramaturgie un interrogatoire à la croisée du policier et du psychiatrique. Il a été orchestré par un enquêteur désireux de saisir les raisons qui ont conduit Afra Ben Soltane à assassiner sa cousine, et s'engage à mener la recherche des motivations de son geste à sa place.
En ce sens, "Galayen" est une pièce incitant bien plus à comprendre qu'à juger. Toutefois, comprendre ne veut pas dire excuser, car un crime, c'est un crime.
Hasna Ghanem, dans ce projet vraiment professionnel mené avec l'Espace Massart, a réussi à raconter, en peu de temps, une fable où les personnages sont en souffrance existentielle, à la lisière de la folie.
Des personnages s'exprimant par les recoins de leur âme. Ils sont minés par l'angoisse de l'existence et des peurs parfois liées à des cauchemars.
Ce qui est certain, c'est autant leur souhait de bonheur que leur désir de retrouver l'âme sœur qui les accepte. Ce désir se trouve le plus souvent écrasé sur l'autel de la trahison, de la lâcheté et de l'opportunisme égoïste au dépend du collectif.
Travail très sérieux au final auquel ont participé plusieurs comédiens en herbe, notamment dans la chorégraphie.
*Source : Qing Feng, "Antigone dans l’Histoire. Marguerite Duras et les hebdomadaires d’information des années 1950", COnTEXTES [En ligne], 34 | 2024, mis en ligne le 31 décembre 2024, consulté le 17 juin 2026. URL : http://journals.openedition.org/contextes/11757 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11xin












































Apparemment très belle pièce, hâte de la voir....merci