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Adaptation de L'amante anglaise à l'Isad : retour sur 'Galayen', une proposition achevée faite par Hasna Ghannem

Writer: Mohamed Ali Elhaou
Mohamed Ali Elhaou
Jun 18
4 min read

Updated: 5 days ago

À l'Institut supérieur d'art dramatique de Tunis, Isad, le 17 juin 2026, les amateurs du théâtre avaient rendez-vous avec une adaptation de l'œuvre de Marguerite Duras, L'amante anglaise.


Présentée mercredi vers 19 h 30, cette adaptation inspirée de faits divers écrite en 1968 en France, a pris, choix de Hasna Ghannem, le titre de "Galayen" غليان.


Ce mot en arabe veut dire "ébullition". Il signifie, dans son registre psychologique, un malaise intérieur que le personnage principal vit sans pouvoir l'exprimer de manière visible au sein de son couple.


Le couple éclate vers la fin. L'un de ses membres commet un acte des plus odieux, le meurtre.


Hasna Ghannem dans une excellente adaptation de l'œuvre de Marguerite Duras, L'amante anglaise, le 17 juin 2026 au sein de l'Institut supérieur d'art dramatique de Tunis.  Dim stage scene with a woman in a black dress crouching in front and a man in a light shirt turned away behind her
Hasna Ghannem dans une excellente adaptation de l'œuvre de Marguerite Duras, L'amante anglaise, le 17 juin 2026 au sein de l'Institut supérieur d'art dramatique de Tunis. Crédit photo : culturetunisie.com

D'ailleurs, Duras a travaillé comme journaliste vers la deuxième moitié des années 1950, notamment au sein de l'hebdomadaire de gauche France Observateur (ancêtre du Nouvel Observateur). Au sein de celui-ci, elle a publié une série d'articles remarqués à partir de 1957.


Elle a également collaboré avec la revue 14 Juillet*. Ce qui explique sa vigilance quant au moindre acte sortant de l'ordinaire ; dans une période de Seconde Guerre mondiale finissant.


Hasna Ghannem est une actrice que culturetunisie.com avait découverte dans la pièce de Jacaranda de Nizar Saidi et d'Abdelhalim Elmessaoudi (2025).


En restant fidèle à la même intrigue, Ghannem a tunisifié les noms des personnages. Ainsi, le personnage principal qui a commis le crime s'appelle désormais Afra Ben Soltane, tandis que son conjoint, le présent/absent, devient Adir Ben Youssef, et la gouvernante, cuisinière assassinée, victime de ce crime, prend le nom de Mariem Ben Soltane.


Sur le plan de la scénographie, la valeur ajoutée de cette adaptation sont notamment les rails du train. En effet, l'imaginaire du train a été mis en scène à travers le son ainsi que la projection des phares sur le public.


Hasna Ghannem a rythmé sa représentation théâtrale par un mélange subtile entre dialogue, silence, récit, chorégraphie, bruit et un brin d'humour dans le texte.


La poésie a été également présente dans "Galayen" notamment lors des tableaux chorégraphiques, ainsi que la représentation d'un train traversant avec violence la scène.


C'est dans notre esprit que les images émergent. L'espace, globalement dépouillé, est majoritairement bâti par la lumière. Les acteurs apparaissent dénudés psychiquement. Leurs parcours, au même titre que leur présence, oscillent entre lumière et obscurité.


Les rails du train découpent la scène en deux et permettent de recourir à un récit théâtral cinématographique mettant en parallèle les témoignages de chaque membre du couple formé par Afra et Adir.


Le point fort de "Galayen" est le son ainsi que la musique rythmique utilisée ; œuvre du magnifique Oussama Saïdi.


Le fond


Une heure durant, l'auditoire a été face à Afra et Adir, un couple, qui répondent en alternance aux examens de l’interrogateur.


"Galayen", à l'image d'un polar, est tout au long de sa dramaturgie un interrogatoire à la croisée du policier et du psychiatrique. Il a été orchestré par un enquêteur désireux de saisir les raisons qui ont conduit Afra Ben Soltane à assassiner sa cousine, et s'engage à mener la recherche des motivations de son geste à sa place.


Afra, de prime abord, avait admis avoir assassiné Mariem Ben Soltane, sa cousine qui était également leur gouvernante et cuisinière, puis avoir coupé son corps et l'avoir éparpillé en prenant le train et en jetant les morceaux à travers diverses fenêtres des locomotives de l'engin.


La tête du cadavre demeure, en revanche, une énigme dans ce récit théâtral.


Adir, qui partageait le même foyer, n'a rien remarqué. Le long de la pièce, le spectateur s'interroge sur la raison de ce crime. Il ne le découvre pas, au vrai.


Cependant, il voit en face de lui des personnages minés par la solitude et les frustrations multiples et variées.


Le couple mis en dramaturgie dans "Galayen" ne se parle plus. Il est rongé par le silence, les non-dits, le manque de confiance et le jugement mutuel rédhibitoire. Un couple vivant ensemble mais ne partageant plus rien.


Réellement, l'intégralité de l'œuvre est une tentative futile de la part des personnages, y compris la criminelle elle-même, ainsi que du spectateur, de comprendre le mystère de l'homicide et de ses motivations.


"Galayen" est une pièce incitant plus à comprendre qu'à juger. Toutefois, comprendre ne veut pas dire excuser, car un crime, c'est un crime.


Hasna Ghanem, dans ce projet professionnel mené en collaboration avec l'Espace Massart, a réussi à raconter, en peu de temps, une fable où les personnages sont en souffrance existentielle, à la lisière de la folie.


Des personnages s'exprimant par les recoins de leur âme. Ils sont minés par l'angoisse de l'existence, des peurs et des cauchemars.


Travail très sérieux auquel ont participé plusieurs comédiens en herbe, notamment à travers des plages chorégraphiques.



*Source : Qing Feng, "Antigone dans l’Histoire. Marguerite Duras et les hebdomadaires d’information des années 1950", COnTEXTES [En ligne], 34 | 2024, mis en ligne le 31 décembre 2024, consulté le 17 juin 2026. URL : http://journals.openedition.org/contextes/11757 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11xin

1 Comment

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Khmaies Ben Younes
Jun 19
Rated 5 out of 5 stars.

Apparemment très belle pièce, hâte de la voir....merci

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