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  • Mohamed Ali Elhaou

Adaptation de En pleine mer de Sławomir Mrożek : pari réussi par Mansouri, Elkadri et Mrad

Le 8 juin 2024 à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique à Tunis (ISAD), un public nombreux de professeurs, d’étudiants, de leurs amis et parents ont fait le déplacement pour voir la pièce de théâtre En pleine mer de Sławomir Mrożek tunisifiée par Iheb Mrad, Mustapha Mansouri et Mohamed Elkadri. La pièce tombe à pic avec le moment présent où l’ensemble de nos concitoyens se préparent pour la grande fête de l’Aïd, appelée dans le langage commun la fête du mouton. Le traitement de cette pièce a été effectué avec une grande intelligence dans la mesure où notre société est rythmée par les plats et les mets. En ce sens, la parole dans les familles et même dans les cafés tourne le plus souvent autour des aliments, de la cuisine, des épices, des recettes, des arômes, des sauces, des barbecues, de la pâtisserie, etc.


Elkadri, Mrad, Salema et Mansouri (De gauche à droite, à l'ISAD)


L’intérêt de la reproduction de cette pièce vient surtout à un instant où la plupart de notre population peine à joindre les deux bouts, c'est-à-dire à faire face à la détérioration de son pouvoir d’achat et à répondre aux besoins stricts des individus qui la composent à cause de la cherté de la vie.  C’est presque une crise inédite dans l’histoire du pays, notamment en termes de sa pérennité.


En pleine mer, une comédie substantielle

 

Dans un style artistique ludique et décalé, contenant une grande recherche sur l’humour local, Mansouri, Mrad et Elkadri, ce trio, ont vraiment brillé hier au sein de la grande salle Agrebi dédiée au spectacle. La pièce démarre par un aveu de faim. Les trois personnages se trouvent en effet sur un radeau. Ce sont trois naufragés, livrés à eux-mêmes, et cela fait un certain temps qu’ils n’ont pas mangé ; même si l’un d’eux tente tant bien que mal d’attraper un poisson pour l’intérêt du groupe. Leur situation devient tellement difficile, que pour survivre, ils arrivent à la conclusion que l’un des trois doit être mangé.



De cette tragédie commence la comédie, d’ailleurs heureusement que le théâtre n’est pas fait uniquement pour les tragédies, c’est aussi un spectacle servant à prendre du plaisir et à rire. En ce sens, Mansouri, Mrad et Elkadri ont complétement tenu cette promesse. Ils ont de facto régalé le nombreux public présent par des arguments plus marrants les uns que les autres. Dans cette ambiance conviviale, il y avait l'apport du talentueux comédien Salem Salema ; lequel a livré sa touche d’humour et d’ironie. Il joue en l'occurrence le rôle d'un postier en pleine mer. C’est celui apportant les nouvelles au cœur de la tourmente. Un peu plus tard, il réapparait dans le rôle de Tayeb, le kiné dans un hammam, afin de relaxer les personnages en excitation. Peu à peu, il devient, à son tour, source de convoitise pour les trois membres affamés. 


La pièce est ainsi profondément politique, elle s’interroge sur la nature de l’homme, sur le vivre ensemble et sur les conventions sociales. Les trois personnages ont pris une liberté sans limites dans l’expression de leur jeu. Parfois, leur langage dépasse les normes du cadre universitaire dans lequel ils se trouvent. Mais en gros, leur performance est sans doute formidable.

 

Scénographie minimaliste              

 

L’intelligence des trois comédiens dans le traitement de ce classique du théâtre apparait également dans la scénographie où il y a un éclairage constant, une lumière blanche et bleue concentrée sur la scène de l’action, et un ensemble de petites enveloppes jetées au sol symbolisant les vagues de la mer. En réalité, ceci est le seul bémol du spectacle. Les costumes des personnages sont estivaliers, c'est-à-dire des habits d’été. Le seul artifice utilisé est une planche en bois sans autre arrière-fond. Le principal de cette pièce est donc la capacité de performance de comédiens et leur capabilité à attirer l’attention du public, une heure durant.


Pièce En pleine mer  adaptation  Sławomir Mrożek Polish dramatist
Salem Salema dans le personnage du Tayeb

De notre point de vue, c'est un pari très réussi, même s’il y a plusieurs mélanges de pinceaux : registre politique, sur registre familial, sur registre culinaire. En ce sens, le candidat au cannibalisme devient un candidat politique, voire un candidat proférant un discours universel digne des empereurs du monde. Au final, Mansouri, Salema, Elkadri et Mrad ont bien illustré comment la justice et la liberté sont toujours faibles et fragiles face à la ruse, la cruauté, la lâcheté et la mesquinerie des humains. Souhaitons une longue vie à cette adaptation réussie, notamment hors les murs de notre chère Institut. On en sort réellement plus léger.

1 Comment

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Guest
il y a 4 jours
Rated 5 out of 5 stars.

Bel article, merci

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