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'Fi batn el-Hout' de Marwa Manaï : personne ne peut échapper à l'emprise d'une toile en fil rouge

  • Writer: Mohamed-Ali Elhaou
    Mohamed-Ali Elhaou
  • 3 days ago
  • 4 min read

Updated: 1 day ago

La dernière pièce de Marwa Manaï, 'Fi batn el-Hout', présentée jeudi 2 avril 2026 dans le cadre de la 4ème édition de "Tunis Théâtres du Monde" mise en place par le Théâtre national tunisien (TNT), a commencé vers 19 h 15 et a duré deux heures.


Cette œuvre théâtrale a rassemblé une équipe de comédiens tunisiens et croates les suivants : Sonia Zarg Ayouna, Nadia Belhaj, Thaweb Idoudi, Allam Barakat, Mario Jovev, Serena Ferraiuolo et Edi Ćelić.


Ces derniers font usage de la métaphore de la baleine comme si pour rendre compte de la grande lourdeur d'un système qui brime la liberté de circulation en particulier des citoyens du Sud global.


Conjonction du réalisme et du symbolique


'Fi batn el-Hout', que l'on peut traduire par "Dans le ventre de la baleine", offre à la fois un cadre réaliste et symbolique de l'expérience des migrants irréguliers.


Elle a attiré, hier, l'attention des publics qui se sont déplacés en grand nombre pour la voir. La représentation repose sur des faits réels, notamment lorsqu'il s'agit de l'évocation du Centre de rétention de migrants en Italie appelé B42 dans la pièce, dans lequel la metteuse en scène dévoile une torture psychologique que les migrants subissent pour ne pas divulguer, entre autres, leur identité réelle et leur provenance.


En effet, ne pas être identifié par le système d'incarcération permet "au clandestin", selon la pièce, de rester sur le territoire européen.


L'excellente comédienne Thaweb Idoudi, un des personnages majeures de 'Fi batn el-Hout'. Woman with a distressed expression in a dark setting, red laser lines crossing her face, creating an intense, dramatic mood.
L'excellente comédienne Thaweb Idoudi, un des personnages majeures de 'Fi batn el-Hout'. Création photo : culturetunisie.com

Les feintes des candidats vis-à-vis des questions posées par les gardiens et les détectives de ce centre deviennent dans cette perspective des objets de théâtralisation.


C'est dans ce contexte que prennent sens les histoires d'"Ali", jeune tunisien ayant émigré via la Turquie prétendant être un migrant syrien dans l'espoir d'obtenir l'asile ; et celle de "Meriem", jeune fille ayant fui son pays d'origine, conservateur, avant que sa grossesse hors mariage ne soit révélée, et le récit de "Vodonosha", homme pieux, moyenâgeux, probablement originaire d'Azerbaïdjan, pensant avoir pour mission d'humaniser l'Europe.


Le parcours de ces personnages dans la pièce prend une forme esthétique construite entre l'humour et les cris en sanglots. En même temps plusieurs personnages du système débitent un discours rapide et sans aucune chaleur fraternelle.


Bureaucratie brouillant le migrant clandestin

L'intrigue met en exergue un système bureaucratique froid conçu pour protéger la citadelle Europe. Dans 'Fi Batn el-Hout', il devient une espèce de toile d'araignée, qui semble cette fois très solide et rigide, surveillant et punissant tout candidat cherchant à enfreindre les frontières de manière clandestine.


De ce fait, 'Fi batn el-Hout' rend visible comment le personnel des centres de détention de migrants devient lui-même un dispositif de pouvoir dévorant la dignité de l'individu-candidat à une vie meilleure.


En substance, la pièce place donc le curseur sur le caractère excessif des lois et des procédures, sur la manière dont celles-ci conduisent à une déshumanisation croissante et aveugle et par conséquent, induisent à la recherche du salut personnel : seul principe en lice primant sur la solidarité.


Conception et scénographie


'Fi Batn el-Hout' met également avec intelligence sous les projecteurs le calvaire des migrants clandestins, notamment durant la période 2014 et 2015.


Ce calvaire est signifié par l'obscurité, la perte d'identité ainsi que le dénigrement de la dignité humaine autant que l'incapacité à échapper aux chaînes savamment orchestrées par les "pays d'accueil".


Marwa Manaï a représenté dans sa pièce une panoplie de personnages accablés, recherchant une issue salvatrice quant à leur existence.


La métaphore de la toile composée de fils en rouge est omniprésente, suscitant l'engrenage des acteurs agissant dans un moule coercitif d'expulsion, sans âme ni pitié.


D'ailleurs, dans la culture asiatique, le fil rouge symbolise le destin de chaque individu. La pièce de Marwa Manaï, dans un éclairage majoritairement tamisé et sombre mis au service d'une scénographie reconstituant un centre de rétention de migrants, désigne un destin tragique surtout pour les migrants irréguliers.


Ceux qui tentent d'échapper à la légalité, à la bureaucratie et aux normes régissant les relations entre les États.


Dans les faits, la Méditerranée, cette mer représentée dans la pièce par la baleine, avait enregistré, au moment des faits reconstitués dans 'Fi Batn el-Hout', 3 283 morts en 2014 et 3 771 à 3 785 morts en 2015, selon les données recensées par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).


Au final, 'Fi Batn el-Hout' est actuellement une pièce qui a le vent en poupe, car elle traite de la signification de la notion de frontière, du sens de la dignité humaine de nos jours et de la validité du droit à la libre circulation de l'être humain.


Aussi, c'est une pièce sur le plan esthétique donnant véritablement une place de choix à la belle tonalité et à l'importance de la prise du temps pour prononcer les mots et même pour rire de certaines absurdités du temps présent.



Remarque : cliquez sur les mots en bleu pour avoir plus d’éléments sur la construction de cet article.

 
 
 

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