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Bakma d'Abdelhamid Bouchnak : film d'une violence inouïe, provoquant à l'extrême l'entendement du spectateur

Writer: Mohamed-Ali Elhaou
Mohamed-Ali Elhaou
10 hours ago
3 min read

Le 15 octobre 2026 vers 19 h 30 a été projetée l'avant-première tunisienne du film 'Bakma' d'Abdelhamid Bouchnak. C'est un thriller psychologique.


Le titre 'Bakma' est intelligent. Il renvoie à l'univers animal. Le terme désigne la bête qui ne peut pas exprimer par des mots, par la parole, ce qu'elle ressent.


En tunisien parlé, on utilise l'expression 'heycha bakma' pour désigner une créature faible qui ne dispose pas d'un mode d'expression clair et qui, par conséquent, ne peut pas se défendre.


Cette expression peut connoter, en outre, le comportement d'un individu. Dans ce cas, elle est utilisée pour signifier le manque d'intelligence, l'insensibilité et la déconnexion du monde.


Le comédien Abdelkader Ben Saïd dans 'Bakma'. Crédit photo : culturetunisie.com
Le comédien Abdelkader Ben Saïd dans 'Bakma'. Crédit photo : culturetunisie.com

'Bakma', durant plus de 1 heure 30 minutes, montre la terreur, la boucherie. Il se rapproche en effet de très près de la vie d'un tueur en série, serial killer, qui s'appelle Yassine.


Celui-ci travaille comme agent de police municipal et a pour principale mission de tuer des chiens errants. Tout au long de cette fresque macabre, le spectateur ne voit pas le visage de ce principal protagoniste.


Celui-ci demeure mystérieux jusqu'à la fin et même dans le générique: le nom du comédien qui a incarné ce personnage sinistre n'a pas été mentionné.


Le spectateur voit plutôt ses victimes: animaux et humains qui sont déchiquetés, coupés en plusieurs morceaux après cris, supplices et tortures.


Plusieurs plans dans ce long-métrage montrent ainsi cette atrocité avec toute sa laideur, son agressivité, son aveuglement et sa folie destructrice.


Dans cette perspective, 'Bakma' doit être signalé comme un film de -18 ans, car il contient plusieurs scènes vraiment insupportables et choquantes du point de vue de la teneur de leur brutalité.


Grandit dans un milieu social violent, ayant une enfance très difficile, ne connaissant jamais son père, n'ayant jamais connu une histoire d'amour, Yassine est également sourd. Peut-être qu'il a appris à être sourd avec le temps.


Dans cette oeuvre, Yassine vit seul avec sa mère mourante dans un environnement très sale en plein milieu de la capitale Tunis, pas loin de la place de la Bourse.


'Bakma', au fil de l'évolution de l'intrigue, fait voir comment la haine de cet assassin des chiens se prolonge progressivement vers la haine et le meurtre des femmes.


Sur ce point d'ailleurs, l'art tunisien montre de plus en plus le masculin comme un monstre-vivant dans notre société et ce sans aucune relativisation.


'Bakma' montre ainsi la boucherie vis-à-vis des chiens qui se transforme en haine de ses semblables. Cet adulte devient plein de cruauté au fil des années, lui qui subissait les insultes de sa mère et les moqueries de ses camarades.


Dans cette fiction lugubre faisant voir un réel désolant, il y a beaucoup de sang et une véritable atmosphère de terrorisme.


Esthétiquement, il y a le style d'Ala Eddine Slim dans 'Bakma', notamment dans 'Agora' (2024), conjugué avec le style Jaïbi, plus particulièrement dans sa dernière pièce 'Holm' (2025).


De fait, Abdelhamid Bouchnak a présenté hier a ses publics un cinéma-théâtral, avec tout ce que ce terme comporte comme tragédie cauchemardesque dans lequel ont brillé principalement Mounira Zakraoui, Aziz Jebali et Hedy Krissane.


'Bakma' est donc un long-métrage sans concession et sans aucune nuance. La caméra de Bouchnak fait surgir la laideur brute, la terreur, le meurtre et tout autant la brutalité contre l'animal, le chien principalement, qu'à l'égard de l'être humain.

Barbarie peinte dans 'Bakma' comme n'ayant pas de limites et ne respectant rien. Dans ce long métrage, le mal triomphe bel et bien. Les meurtres de ce monstre continuent. Il n'a pas été arrêté.


'Bakma' se termine sur des menaces promettant davantage de sang, de meurtre et de sauvagerie.


'Bakma', à vrai dire, provoque à l'extrême l'entendement du spectateur, à maintes reprises celui-ci n'arrive plus à regarder l'écran. Cette déstabilisation s'inscrit dans la lignée, entre autres, de ce que fait le réalisateur danois Lars von Trier, le prophète de la provocation dans le 7e art depuis au moins deux décennies. 'Bakma' sera dans les salles à partir du 21 octobre 2026.


Mohamed Ali Elhaou




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