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  • Mohamed Ali Elhaou

Danse céleste de Taher Issa Ben Larbi : la danse plus forte que la tragédie, son essence, la croyance


Hier 6 mars 2024, un public connaisseur s’est déplacé pour voir la pièce Danse Céleste à la salle du 4ᵉ art ; située à l’avenue de Paris à la capitale Tunis. Cette pièce est la production du Théâtre National Tunisien en collaboration avec les deux centres d'art dramatique et scénique du Kef et de Zeghouan.  Cette pièce est, en vérité, une grosse production par les multiples scénographies, par la longueur de l’œuvre, deux heures durant de 19 h 00 à 21 h 00, et aussi par le nombre d'accessoires, de costumes, de décors et des comédiens qui y sont mobilisés. La pièce est remarquable surtout, par la technologie utilisée, par la finesse des choix musicaux, que tout le monde connait, intelligemment insérés. Ces morceaux sont des chefs-d'œuvre comme, entre autres, des petits passages de la chanson du feu Ismaël Hattab, bine el widyen (entre les deux rives) ou encore de 50 cent, entre autres.


Imen Manaïi et Khaled Zidi, hier, sur la scène du 4ᵉ art, Tunis


La pièce est du metteur en scène Taher Issa Ben Larbi dans laquelle joue la grande comédienne Mouna Nourredine, le talentueux et charismatique Khaled Zidi, le comédien très juste Lazhar Farhani, la prometteuse Hajer Hammouda, le formidable acteur Abdlekrim Bennani, l’impeccable jeune actrice Cheyma Zaazaa, l’excellent jeune comédien Hamza Ouertateni, le très délicat Mounir Khazri, la cerise de cette pièce Imen Manaii et la pleine d’énergie Emna Mahbouli petite fille de la grande chanteuse Oulaya. Ces dix comédiens, malgré leur différence d’âge, sont bien rodés au monde du théâtre ; et sont de vrais professionnels de l’art dramatique et scénique. Ce professionnalisme et cette forme physique se voient dans l’ensemble des plateaux présentés. Les techniciens, notamment Iheb Mandra et son équipe, ont fait à leur tour du beau travail.


L’univers de Taher Issa Ben Larbi


La pièce vue hier rentre, indéniablement, dans la case du théâtre savant et en même temps absurde. L’œuvre est fourrée de différents plateaux. Ceux-ci vont de l’aéroport, à la salle à manger, à une scène de bataille du 13ᵉ siècle, à une boite de nuit, au jardin, etc. Elle est un va-et-vient permanent et parfois des sauts historiques entre le 21ᵉ siècle et le 13ᵉ siècle. Par conséquent, le cerveau du spectateur a été empli de multiples images et situations. L’univers du metteur en scène est très proche du cinéma. La pièce est conçue comme les coulisses d’un tournage de film avec tout ce que cela implique comme indications techniques, hésitations et conflits entre la pluralité des acteurs engagés dans le projet.



Le plus souvent, les univers représentés sont bien ficelés grâce à l’effort des comédiens et de la grande synchronisation entre leurs faits et gestes. À chaque fois, le spectateur est plongé, en un court laps de temps, dans une atmosphère et un décor tantôt féérique, tantôt du quotidien. Ce va-et-vient est donc dirigé avec un brin d’humour. Globalement, l’enchainement des intrigues est très fluide, même si la cohérence n’est pas toujours nette.


Une pièce qui se veut profonde et intellectuelle


Une bonne partie de la pièce a une substance historique. Ce qui fait d’elle une œuvre exigeant de la connaissance de la part du spectateur pour pouvoir suivre l'évolution du récit théâtral. Elle revient plus particulièrement à l’époque de Shams-ed-Dīn Tabrīzī. Ce dernier est un savant, se croyant prophète à certain moment de sa vie. Il finit par bruler ses livres : sa production intellectuelle qui l’a animée tout au long de son parcours. C’est également un amoureux de la danse céleste, mais celle-ci le conduit à sa déchéance et à l’hubris.


Tabrīzī est un mystique qui a vécu dans la civilisation persane, l’Iran actuel et ses pays voisins. C’est un fou du soufisme, un personnage souvent abordé dans le monde de l’art arabe et persan. Il a bel et bien vécu de 1185 à 1247. La pièce de Taher Issa Ben Larbi revient, entre autres, sur la scène de meurtre de ce maître spirituel de Jalâlu-d-Dîn Rûmî. Ce meurtre est un choix artistique du metteur en scène, car l’assassinat n’est pas avéré. Esthétiquement parlant, la scène du meurtre de Tabrīzī est le plus beau moment du spectacle. Elle est jouée avec lenteur de la part des comédiens et accompagnée de musique soufie turque.


Ce qui demeure de Tabrīzī, actuellement, c’est une série, en vérité de gros volumes de propos, recueil de dialogues, rédigés en persan. Ce sont des échanges avec Djalâl ad-Dîn Rûmî sur la croyance comme essence de l’amour et ses origines. Ces correspondances ont duré entre 1244 et 1247. Selon la pièce de Tahar Issa Ben Larbi, Rûmî ordonne à ses élèves de tuer le maître. L’amitié de départ n’a pas en effet empêché l’avènement du tragique. Dans toute la pièce, le message véhiculé : l’homme est un loup pour l’homme, quelles que soient l’affinité et la profondeur de la relation de départ.


En conclusion, la pièce de Tahar Issa Ben Larbi ne parle pas que de ceci, c’est un chevauchement de petites anecdotes. Peut-être, le metteur en scène a voulu tout dire dans une seule pièce ? Trop c’est trop ? Ne faudrait-il pas alléger un peu pour ne pas être dans l’impasse dramaturgique ? En outre, dans ce spectacle, l’humilité de la légende vivante Mouna Nourredine ne passe par inaperçue. C'est une comédienne qui suscite toujours le respect. Elle qui a plus que 60 ans de carrière dans le monde dramatique et scénique. Elle a été véritablement brillante dans les deux personnages qu’elle a joués lors de cette soirée.

2 Comments

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Guest
Mar 10

Article critique, mais vraiment utile au metteur en scène. Il ne comporte pas de complaisance. C'est dont nous avons besoin dans notre pays !

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Guest
Mar 07

Merci pour l'article, cela donne envie de voir la pièce

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