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"Pas perdus" de Hela Ayed : morts donnant des leçons aux vivants

  • Writer: Mohamed Ali Elhaou
    Mohamed Ali Elhaou
  • Jun 13
  • 3 min read

Updated: Jun 15

Hela Ayed est une disciple de Taoufik Jebali. Sa plus récente pièce, représentée à l'espace El Teatro à Tunis le 11 juin 2026, est bel et bien faite avec des amateurs qu'elle forme durant toute une année théâtrale, voire plus.


La forme


Sur le plan de sa forme, "Pas perdus" montre comment Hela Ayed fait usage de la technique de multiples rideaux chère à Jebali.


Ces rideaux ouvrent et ferment l'espace du 4e mur devant le comédien en prestation sur scène. À d’autres configurations, ils servent à délimiter l’espace de jeu et à réduire le champ du visible.


Représentation de "Pas Perdus" de Hela Ayed à l'espace El teatro le 11 juin 2026. Two barefoot performers sit on black cubes on a lit stage, gazing forward in tan and white outfits, with a stark black backdrop.
Représentation de "Pas Perdus" de Hela Ayed à l'espace El teatro le 11 juin 2026. Crédit photo : culturetunisie.com

Des filets sont disposés également au fond de la scène. Ils enveloppent les comédiens après leur prise de parole sous les feux de la rampe, comme pour les mettre en quarantaine, dans l'oubli et l'inertie. En tous cas, à l'abri du regard de l'auditoire.


Le style Jebali est saillant, en outre, dans l'œuvre de Hela Ayed, notamment dans la façon de narrer et de faire évoluer sa dramaturgie.


En l'occurrence, la dramaturgie est saccadée, présentée sous forme de bribes d'histoires individuelles collées les unes aux autres. Ces multiples couches d'histoire convergent vers la quête d'une deuxième chance dans une vie qui semble ratée pour les personnages mis en récit.


Le fond


"Mahmouta", un mot récurrent dans "Pas perdus", désigne en dialecte tunisien un lieu qui n'est pas clair, servant dans une conversation par exemple à piéger l'interlocuteur ou le vis-à-vis.


Dans la pièce "Pas perdus", ce lieu est régi par un chef. Ce dernier veut mettre de l'ordre avec des acteurs sociaux qui ont perdu la boussole. Ceux-ci ignorent leur origine et leur trajectoire.


Le chef s'appelle "El Malik". Il ne sait que menacer ou encore donner des ultimatums.


Ce chef, dans cette fiction, n'a véritablement ni visibilité, ni solution aux conditions tragiques de ses subordonnées.


Au fil de l'évolution du spectacle, le public voit un centre prenant les traits d'une prison, un lieu de détention, mais en réalité il n'en est pas un. C'est un lieu situé entre la vie et la mort, un royaume intermédiaire mais lugubre, sans appel et cauchemardesque.


Les concernés sont en attente du jugement afin de voir, finalement, s'ils pourraient accéder au monde céleste. Un monde où ils peuvent, tant bien que mal, exaucer leur souhait et assouvir leur désir.


La plupart des protagonistes de la pièce sont, ainsi, des morts qui reviennent sur leur mode de vie et le racontent avec amertume. Ils regardent dans le rétroviseur de leur existence à la recherche du comment ils ont traversé cette épreuve sur terre.


La plupart d'entre eux n'ont pas concrétisé ce qu'ils veulent. Ils n'ont pas pu atteindre le bonheur, ni même profiter des instants simples qu'ils veulent reprendre, mais en vain.


Ils n'ont même pas pu tracer un objectif et l'atteindre que ce soit dans la quête de l'âme sœur, l'amour ou encore même dans leur relation à la société.


Dans cette configuration, la pièce de Hela Ayed porte un message explicite : l'importance de donner un objectif à sa vie propre et de ne pas la laisser à la "Mahmouta", c'est-à-dire sans dessein et sans trajectoire évolution et réussie.


Seul bémol de cette pièce, c'est son aspect farfelu dans l'écriture et l'imagination. D'ailleurs, l'intrigue "Pas perdus" est très étalée, son filage n'est pas encore au point. Autrement dit, elle n'est pas encore cintrée, bien ramassée.


Le fait, de surcroît, de montrer excessivement des histoires superposées entrave, sans doute, et fatigue le spectateur. Celui-ci se trouve bourré d'informations et de paroles sans pouvoir retenir une harmonie dramaturgique explicite, captivante et cohérente.


La musique est absente également de ce spectacle en dehors de quelques sons de théâtre qui émergent entre les différents actes de "Pas perdus".


Le cast


Dans "Pas perdus", qui dure presque une heure et trente minutes, jouent onze comédiens, tour à tour : Omar Japouni, Samar Abdelhak, Sahar Nasri, Jihen Jellazi, Chyrine Stambouli, Fares Kotrane, Mahmoud Dardouri, Salma Chraief, Khaled Ben Haj Ali, Emir Haj Salah et Badi Chouka.


Pièce à voir certainement, car elle allie humour, jeu et discours de comédiens très justes et délicatement posés.






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