Opéra 'Didon et Énée' : tragédie poétique et musicale rappelant gloire et décadence de Carthage
- Mohamed Ali Elhaou

- May 15
- 5 min read
Updated: May 17
Le public amateur des grands spectacles avait un rendez-vous, jeudi 14 mai 2026, à la Cité de la Culture de Tunis avec l'opéra baroque 'Didon et Énée'.
C'est une fable mise en musique durant une heure et 15 minutes. Dans cette représentation participent 120 artistes tunisiens en herbe.
L’orchestre a été placé en bas de la scène pour accompagner les tableaux chorégraphiques de ce spectacle féerique remontant à l'époque de la reine Didon. Celle-ci dirigea la Méditerranée à l'époque de Carthage.

Cet opéra se décline en trois actes. Il a été conçu au printemps en 1689 par le compositeur anglais Henry Purcell.
Acte I : la rencontre de l'amour
En vérité, cet opéra est une histoire d'amour entre deux êtres dont les nations respectives sont en conflit, Carthage et l'Empire romain d'Orient, appelé aussi l'Empire byzantin. Ainsi, l'amour se trouve au milieu de la quête du pouvoir et dans les interstices d'une géopolitique en tension.
Dans le premier acte : Bélinda interprétée par Lilia Ben Chikha, la confidente de la reine Didon incarnée par l'énergique Nesrine Mahbouli, l'incite à retrouver sa joie de vivre.
"Secoue le nuage qui obscurcit ton front", lui dit-elle en substance pour lui signifier qu'une femme ne pourra pas vivre sans amour.
Didon est, en l'occurrence, accablée parce qu'elle nourrit en secret un lien affectif pour Énée, interprété par Haythem Hadhiri. Ce dernier, dans cette intrigue, est le prince de Troie (endroit se trouvant dans le nord-ouest de l'actuelle Turquie, sur la colline d'Hisarlik – province de Çanakkale).
Didon ne peut et ne veut révéler son tourment. Elle a peur de décevoir le peuple carthaginois dans la mesure où un nouvel amour pour les potentats est perçu comme un signe de faiblesse et d'irresponsabilité.
Didon dit : "Ah Belinda, je suis tourmenté par ce que j'endure."
Bélinda propose, par conséquent, à Didon de se marier publiquement avec Énée. Ce dernier est également ébloui par son charme et n'est aucunement indifférent à ses attraits.
Selon Bélinda, la conseillère de la reine, une telle union de cœur garantirait la prospérité et l'harmonie pour la région toute entière et apaiserait les conflits avec l'Empire byzantin.
Les courtisans répètent à l'unisson les paroles de Bélinda. Didon, ravie. Elle acquiesce à la suggestion d'Énée, se laissant emporter par la flamme qu'elle partage avec Énée.
Acte II : la poise et le mauvais sort
Le deuxième acte de cet opéra se déplace vers le lieu de la sorcière incarnée par Maram Bouhbal. Cette dernière a excellé, par ailleurs, dans le rôle de Carmen dans un précédent opéra en 2024.
La deuxième partie de cette fable montre, toujours dans la chorégraphie et le chant lyrique, l'obstruction du bonheur par les autres.
En effet, le deuxième acte de 'Didon et Énée' débute au sein de la caverne des sorcières.
Invitées par la magicienne, les sorcières trament la chute de Didon et l'anéantissement de Carthage, alors que Didon et Énée se divertissent lors d'une chasse, randonnée, aux périphéries de la ville antique et punique.
Chœur et danses des sorcières concoctent durant cette scène leurs sortilèges. La première partie se conclut ainsi dans le tumulte du tonnerre, des éclairs et d'une musique prémonitoire de la tragédie qui adviendra.
Après avoir passé la majeure partie de la journée à chasser, Didon et Énée font une pause avec leur cour dans un bosquet pour se reposer, c’est de cette façon que commence la seconde partie de ce deuxième acte.
Belinda donne, en outre, l'instruction à ses domestiques de préparer des rafraîchissements pour le couple royal. Alors que les préparatifs sont en train de se mettre en place, Didon perçoit le bruit du tonnerre qui vrombit à distance.
Belinda stoppe sans délai l'agitation des domestiques et leur commande de faire leurs paquets pour retourner en ville avant que l'orage ne survienne.
Tous s'en vont du bosquet, à l'exception d'Énée, retenu par un elfe (un commerçant) rusé et maléfique, joué par Houssem Ben Moussa, déguisé en Mercure.
Ce dernier lui ordonne de quitter Carthage et de se diriger vers l'Italie pour fonder une nouvelle Troie, c'est-à-dire un nouveau centre économique et culturel pour dominer la Méditerranée.
Énée, croyant en un ordre divin, suit les commandements de Mercure.
Toutefois, il demeure rongé par la culpabilité de devoir abandonner sa bien-aimée : Didon. Avec le cœur lourd et se sentant coupable, il regagne Carthage pour lui faire un dernier adieu.
Acte III : séparation dans la douleur
Au cours du dernier acte ayant lieu dans le port de Byrsa à Carthage, les marins troyens se préparent à mettre la voile.
Ils ont l'esprit libre, sans un soupçon de regret pour les femmes qu'ils laissent derrière eux.
Tandis que la magicienne, accompagnée de ses sorcières, se réjouit de la calamité imminente qui frappera la reine, selon ses visions funèbres. Elle prédit qu'elle sera fatale pour le royaume de Carthage.
Prévoyant et tentant de déclencher une tempête qui submergera le navire d'Énée, la sorcière est à sa satisfaction cynique la plus totale.
Quand Énée informe Didon de l'impératif divin de la quitter, dans une perspective de pur destin, elle le repousse et l'accuse de l'avoir trahie.
Énée choisit, en effet, de défier les dieux et de désobéir à Jupiter. Ne pouvant calmer sa douleur et la déchirure qu'elle ressent, Didon renvoie Énée.
Elle demeure entourée de la seule compagnie de sa servante Belinda et d'une cour rapprochée de fidèles, tentant de se reconstruire après le départ de son adoré.
Or, après le départ de celui-ci, elle ne tarda pas, en tout lyrisme, à se suicider dans une fin tragique sublimant ainsi l'amour charnel.
Opéra baroque, c'est quoi ? Quid de l'exécution tunisienne ?
'Didon et Énée' est un opéra baroque qui a pris de forte proportion avant l'arrivée du romantisme au début du 18e siècle.
L'opéra baroque est né dans le sillage de la Renaissance européenne, c'est-à-dire aux 16e et 17e siècles. Esthétiquement, il prend beaucoup au théâtre, notamment son hyper-expressivité ou sa propension à confronter de vifs contrastes en dressant le bien d'un côté et le mal de l'autre, dans une configuration de mise en récit classique.
L'opéra baroque a été, en premier lieu, mis en place grâce, en partie, au désir de nombreux musiciens et penseurs de Florence, en Italie, de mettre en spectacle le conte antique.
Celui-ci faisait l'unanimité à cette époque de la Renaissance. Il est souvent récité dans une sorte de chant théâtralisé entrecoupé de danses rythmiques.
Les premières œuvres lyriques de l'opéra baroque s'inspirent, comme on le voit dans 'Didon et Énée', du temps ancien, des légendes de l'histoire et se servent des majeurs récits grecs et orientaux pour leur composition lyrique.
Dans l'exécution tunisienne de 'Didon et Énée', cette théâtralité était absente, pauvre et faible.
Le minimalisme de la scénographie choisie par le Libanais Omar Rajeh ainsi que la chorégraphie n'ont pas, en vérité, attiré l'attention du public.
'Didon et Énée' est une œuvre, sans conteste, qui mériterait plus de travail sur la mise en scène et plus de dépenses matérielles et intellectuelles sur la scénographie afin d'obtenir l'objectif qui semble escompté par cette représentation : convaincre le spectateur tunisien que rester chez lui est bien meilleur que de rechercher la gloire ailleurs ; alors même que l'histoire du monde est faite d'échanges et d'interactions culturelles.
Remarque : cliquez sur les mots en bleu pour avoir plus d’éléments sur la construction de cet article.












































Tu as raison cher Dali.
Faire un opéra, c'est avant tout dépenser de l'argent pour rendre compte de cette fresque.
Or nous avons assisté à un spectacle très fade qui ne demanderait pas beaucoup d'effort intellectuel.
Il faut dire la vérité, comme tu le fais, à un certain moment surtout quand on touche le fond.
C'est saillant que ce spectacle n'a pas pris son temps pour mûrir.
C'est un peu chakchouka !!!!
Les comédiens mobilisés n'ont aucun charisme pour incarner les personnages historiques, avec tout le respect de ce qu'ils ont fait.
Nous, membres de la troupe "Voix de l'Opéra de Tunis", faisons un appel aux autorités concernées pour examiner la situation de cette troupe dont les activités ont été suspendues depuis l'année dernière, malgré sa création en 2018 et sa représentation de la Tunisie dans plusieurs forums internationaux et nationaux.
Notre activité a commencé avec la création du Théâtre Opéra de Tunis et nous avons eu une activité continue basée sur la formation continue par des spécialistes et la participation aux activités du Théâtre Opéra de Tunis, aux festivals nationaux et autres.
Notre activité a été couronnée par la représentation de la Tunisie à la TICAD, l'inauguration de la Foire internationale du livre, l'Année de la culture tuniso-égyptienne, la "Tunisie capitale…
Mon approche est tout à fait différente. Pour moi, c’est une relecture moderne qui ne copie pas les versions jouées à l’étranger. Voici ce que j'ai écrit : https://www.lapresse.tn/2026/05/16/premiere-de-lopera-tunisien-didon-et-enee-perpetuer-lexcellence/
Votre compte rendu est déséquilibré.
Très long et intéressant sur le propos de la pièce, très minimaliste sur la critique de cette version.
Votre déception sur la scénographie qui a pu être partagée par certains, devrait être contre balancée par le reste.
Or, pas un mot sur les prouesses vocales des Solistes, sur les parties du chœur et sur les musiciens.
Dommage.
Partial car partiel