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Aytaç Doğan Quintet fait vibrer le public de la Cité de la Culture à travers les mélodies somptueuses du qanûn - Par Sofien Manaï et al.

  • Writer: Sofien Manai
    Sofien Manai
  • Mar 2
  • 6 min read

Updated: Mar 4

Le maître turc du qanûn Aytaç Doğan a subjugué, dimanche 1er mars 2026, le public de la salle Théâtre des Régions à la Cité de la Culture Chedly-Klibi à Tunis, lors de la troisième soirée de la sixième édition du festival "Ramadan à la Médina".


Ce rendez-vous de la musique savante est organisé sous l’égide du ministère des Affaires culturelles et du Théâtre de l’Opéra de Tunis. Il s’est déroulé en présence de l’ambassadeur de Turquie en Tunisie, Ahmet Misbah Demircan, devant un public nombreux, averti et amateur de brassage musical éclectique aux influences multiples.


Pour ce concert en quintet, Aytaç Doğan s’est fait entourer de son compatriote Şafak Cansuyu, de trois musiciens d’élite tunisiens et de la talentueuse Rana Zarrouk en invitée surprise.


Installé derrière son instrument avec une sobriété presque méditative, Aytaç Doğan a livré un concert aux accents pluriels, mêlant maqâms (modes) turcs et arabes, rythmes méditerranéens et influences de la musique du monde.


Le prodige turc a, de fait, élaboré une performance artistique imaginée jusqu'à son moindre détail du point de vue de la sonorité et des airs joués.


Entre les pièces instrumentales, Aytaç Doğan n'a pas hésité à saluer la ferveur du public tunisien, qu'il décrit comme une "voix d’or et de goût raffiné", et affirme ainsi être en rencontre avec "l'un des meilleurs publics rencontrés au cours de ma carrière".


La salle, deux heures durant, a oscillé entre silences recueillis et salves d’applaudissements nourris. En troisième partie de soirée, le public reprenant en chœur plusieurs classiques arabes dans une atmosphère de communion musicale.


Revenant sur son parcours, Aytaç Doğan a rappelé avoir débuté à l’âge de treize ans sur un qanûn fabriqué par son grand-père, avant de collaborer avec de grandes figures, dont İbrahim Tatlıses.


Il a en outre évoqué sa première participation en Tunisie, il y a près de vingt ans, au Festival international de Carthage.


Aytaç Doğan, musician, in white shirt playing a qanun under blue stage lights, with a microphone in the dark background; a focused, serene atmosphere.
Aytaç Doğan, hier, 1er mars 2026, lors d'un énième concert envoûtant à la Cité de la Culture de Tunis. Crédit photo : culturetunisie.com

Aytaç Doğan, ambassadeur éminent et inspiré du qanûn


Riche d’une histoire multiséculaire, le qanûn est généralement associé à la musique traditionnelle turque dont il est l’instrument central et emblématique. La particularité d’Aytaç Doğan est d’en faire un outil aux horizons plus diversifiés et en même temps un artefact prolongeant l'âme orientale ainsi que son expression.


Aytaç Doğan, en fait, a popularisé le qanûn en dehors des limites géographiques et stylistiques auxquelles il est rattaché. Ses propres compositions et les reprises de morceaux turcs et internationaux portent les marques de cette innovation et témoignent de son talent incontestable.


Applaudi aux quatre coins du monde, Aytaç Doğan se joue en soliste et multiplie désormais les collaborations avec des artistes prestigieux à l'instar de la diva égyptienne Angham.


Des classiques orientaux aux musiques contemporaines, Doğan a effectivement séduit un large public et ses vidéos qui circulent sur diverses plateformes numériques comptent des dizaines de millions de vues.


Aytaç Doğan s’est produit en Tunisie à plusieurs reprises, dont un dernier passage le 25 décembre 2025. Il a conquis l’audience à chacune de ses prestations.


Des talents tunisiens au cœur de ce dialogue musical


Pour cette soirée du 1er mars, Aytaç Doğan a été accompagné par le violoniste d’exception Şafak Cansuyu et trois musiciens tunisiens mentionnés sur l’affiche du spectacle : Rafik Gharbi au piano, Mohamed Hatem Hamila aux percussions et Abdelaziz Cherif à la basse.


C'est une occasion de retrouvailles, comme une amitié de longue date les relie aux artistes turcs. Ces musiciens ont donné de nombreux spectacles ensemble depuis 1994 et, la veille de leur prestation à la Cité de la Culture, ils étaient sur scène à Sousse dans le cadre de la 8e édition des "Nuits ramadanesques à Sousse".


our cette soirée du 1er mars, Aytaç Doğan a été accompagné par le violoniste d’exception Şafak Cansuyu et trois musiciens tunisiens mentionnés sur l’affiche : Rafik Gharbi au piano, Mohamed Hatem Hamila aux percussions et Abdelaziz Cherif à la basse
En haut à droite Rafik Gharbi, à gauche en face Mohamed Hatem Hamila, en bas à droite Khalil Jemaa, juste en face le musicien turc Şafak Cansuyu. Création : culturetunisie.com

Rafik Gharbi est connu en tant que pianiste, compositeur et directeur artistique de spectacles. Parmi ses succès récents figurent ceux qu’il a créés en hommage aux grands noms de la chanson française, dont "Hier encore" dédié à Charles Aznavour de 2023 à 2025 et "Gigi et la Môme" autour des tubes d’Édith Piaf et Dalida, joué en 2025.


Il continue à mener en parallèle des projets de compositions personnelles, parmi lesquels "Alchimie" et "Centifolia" présentés l’année dernière à Sousse.


Mohamed Hatem Hamila est, en outre, un célèbre percussionniste maniant avec brio plusieurs instruments, entre traditionnels et modernes. Il s’est produit avec "l’Orchestre symphonique tunisien" lors des grands spectacles d’opéra "Carmen" et "La Traviata".


Il a aussi accompagné de nombreuses stars de la chanson orientale comme Abeer Nehme lors de son concert récent au Théâtre de l’Opéra.


Quant à Abdelaziz Cherif, il mène depuis plus de 30 ans une double carrière de musicien de scène et de pédagogue. Il est contrebassiste à "l’Orchestre symphonique tunisien". En parallèle, il a collaboré en enseignant avec l’Institut de musique de Tunis et l’Institut de musique de Sousse. Il est actuellement le directeur du Conservatoire régional de Bizerte.


Abdelaziz Cherif. Crédit photo : culturetunisie.com
Abdelaziz Cherif. Crédit photo : culturetunisie.com

Le Quintet a été rejoint sur scène par le guitariste Khalil Jemaa, un instrumentiste prometteur en pleine ascension et membre de l’Orchestre national tunisien.


Un métissage musical au-delà des langues et des styles


Le Quinet a offert au public un voyage acoustique à travers le qanûn d’Aytaç Doğan qui s’est mêlé aux sonorités des autres instruments sans les dominer.


Le programme du concert a inclus de célèbres morceaux turcs que les spectateurs savent reconnaître et apprécier sans forcément les nommer. Parmi lesquels figurent "Alisamadim" et "Hasretinle Yandi Gönlüm".


Il y a eu aussi les génériques de deux feuilletons mémorables que la plupart d’entre nous ont suivis, "Al Ichk al mamnoua" (l'amour interdit) et "Sanawat Al Dhayaa" (Les années de la perdition).


Et, comme le qanûn ne se limite pas à la musique arabe et orientale, Aytaç Doğan a joué le thème de la bande originale du film "Le Parrain".


La musique latine a été présente également à travers un solo de Khalil Jemaa puis une interprétation collective avec les autres instrumentistes du quintet.


Les improvisations d’Aytaç Doğan au qanûn ont été fortement applaudies, tout comme les suites jazzy par lesquelles Rafik Gharbi a ornementé certains morceaux. Les musiciens ont su ainsi maintenir l’attention et l’engouement des présents en naviguant entre des airs mélodieux et d’autres plus dynamiques et entraînants.


Mohamed Hatem Hamila s’est encore fait remarquer par la diversité des outils de percussion qu’il maîtrise. Les guitares de Khalil Jemaa et d'Abdelaziz Cherif se sont répondues en harmonie. Chacun affichait un style propre, notamment lors des solos.


Ce n’était pourtant pas un concert de musique instrumentale à l’état pur. Pour s’aligner aux tendances actuelles, une partie du concert a donné la parole au public enthousiasmé qui a chanté en chœur.


Les spectateurs ont accompagné les musiciens sur deux titres phares de Fairuz, "Addaych kan fi nass" et "Nassam alayna l hawa", ainsi que deux grands tubes de Fadhel Chaker, "Sahhak echou" et "Maaoul".


Rana Zarrouk, muse de Aytaç Doğan


Fidèle à son habitude d’associer des talents locaux à ses prestations en Tunisie, Aytaç Doğan a convié sur scène la magnifique chanteuse Rana Zarrouk. Celle-ci n' a pas marqué à son tour de poser son empreinte sur cet univers enivrant de poésie à travers élégance, charme et timbre de sa voix alliant à la fois puissance maîtrisée et douceur chargée d’émotions et de sensibilité.


Rana Zarrouk sings passionately onstage with eyes closed, holding a microphone. She wears an ornate, gold-patterned dress against a black background.
Rana Zarrouk, invitée spéciale du concert de l'instrumentiste turque Aytaç Doğan. Crédit photo : culturetunisie.com 

D'ailleurs, Rana qui a bel et bien l’habitude de partager la scène avec Aytaç Doğan a confirmé, sans doute, son talent exceptionnel dans la réinterprétation des classiques arabes. Elle qui les chante depuis maintenant 20 ans.


Ainsi, elle a débuté avec le répertoire de Najet Al-Saghira à travers la chanson 'Mata sataarifou kam Ahwaka', ensuite elle a revisité le répertoire d'Oum Kalthoum, notamment le mythique morceau 'Enta Omri', avant de rendre hommage, dans un troisième temps, à notre diva locale la grande Saliha, en interprétant sa chanson 'Ah wadouni'. Cette chanson a été réarrangée avec l’introduction du qanûn et une touche de fraîcheur apportée par des notes de jazz à la fin.


On pourrait, dans cette perspective, reprocher aux organisateurs de ne pas mentionner le nom de Rana Zarrouk sur l’affiche, comme elle a de nombreux fans et que son passage, aussi bref qu’il soit, a son poids dans ce concert.


Cette soirée globalement réussie marque encore l’importance de la musique comme langage universel et pont entre les cultures. Les mélodies ont pu transmettre les émotions et les expériences humaines, au-delà des mots et des barrières géographiques et langagières.


Elle a confirmé en outre l’attachement d'une bonne partie du public tunisien aux musiques exigeantes et a consolidé davantage la place du Théâtre de l’Opéra de Tunis comme écrin privilégié des arts raffinés.


La manifestation "Ramadan à la Médina" se poursuit et accueillera encore Zied Gharsa le 10 mars 2026, Nass El Ghiwane le 11 mars et Carole Samaha le 15 mars pour la clôture.



Remarque : cliquez sur les mots en bleu pour avoir plus d’éléments sur la construction de cet article.

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Khmaies Ben Youbes
Mar 02
Rated 5 out of 5 stars.

Magnifique article !

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